Joyeux… Pierre Seel

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur Pierre Seel (1923 – 2005) la seule personnalité homosexuelle française à avoir témoigné à visage découvert de sa déportation durant la Seconde Guerre mondiale pour motif d’homosexualité.

Pierre Seel sortit du placard à 59 ans en 1982 : étant catholique de foi, il fut révolté après avoir entendu des propos homophobes prononcés par l’évêque de Strasbourg, Mgr Léon-Arthur Elchinger et il décida alors de témoigner sur la déportation des homosexuels par les nazis pendant la 2nde Guerre Mondiale.

Pierre Seel, déporté homosexuel témoin de l’horreur nazie

Jeunesse volée

En 1940, à dix-sept ans à peine, Pierre Seel se fait voler sa montre dans un parc de Mulhouse, connu comme lieu de rencontres d’homosexuels. Il va porter plainte au commissariat. Dans la marge, le commissaire note « homosexuel ». Quelques mois après l’invasion allemande, il est convoqué à la Gestapo, qui exhibe la fiche. Le 3 mai 1941, il n’a pas encore 18 ans lorsqu’il est arrêté (à Mulhouse), interrogé, torturé et violé pendant plus de 7 jours et 7 nuits ininterrompus puis il est envoyé au camp de Schirmeck, proche du camp de concentration de Struthof nouvellement créé sur le ban de la commune de Natzwiller (Alsace) où il va passer 7 mois.

Son premier amour, Jo, 18 ans seulement, avait aussi été interné dans ce camp à la même période et y mourut atrocement, dévoré vivant par les chiens du camp devant lui et les centaines d’autres prisonniers convoqués spécialement pour assister au massacre.

En novembre 1941 Pierre Seel est libéré. Mais en mars 1942, il est âgé de 18 ans et comme tous les Alsaciens de son âge, incorporé de force dans l’armée allemande et doit aller se battre sur le front russe au profit des allemands. À la Libération, il ne peut raconter ses 7 mois de camp sans révéler pourquoi il y fut interné.

(…) À l’enfer de la Guerre dont il réchappait en 1945 à vingt-deux ans, s’ajoutera celui de devoir se taire pour pouvoir se réadapter en se coulant dans son milieu familial de bourgeoisie établie et pour préserver les siens — ce sera un souci constant douloureusement assumé — contre une opinion alors totalement intolérante envers tout soupçon d’homosexualité.

Pendant des années, Pierre Seel refoulera sa véritable nature, allant jusqu’à se marier (à 27 ans) et à avoir 3 enfants avec sa femme. Ce n’est qu’après avoir élevé leurs trois enfants, pris sa retraite et, en 1978, s’être séparé d’avec son épouse qu’il s’estimera en mesure de témoigner publiquement.

Dès lors, militant infatigable

En 1982, resté catholique de foi, il est révolté par des propos homophobes de l’évêque de Strasbourg, Mgr Léon-Arthur Elchinger, qui traite les homosexuels d’ « infirmes ». Il sort du silence, quarante ans après sa déportation et témoigne de ce qu’il a vécu dans une lettre ouverte. Les 2 et 3 février 1993, Pierre Seel livre son bouleversant témoignage dans l’émission de Daniel Mermet, « Là-bas si j’y suis », diffusée sur France Inter.

À la suite de cette émission en 1994, il écrit un livre avec l’écrivain, journaliste et militant gay, Jean Le Bitoux : « Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel » ; ce livre a déjà été traduit en allemand, anglais, espagnol, portugais et russe. Grâce à lui et au soutien de quelques militants, la reconnaissance de la déportation homosexuelle se fait enfin, lentement et surtout très tardivement.

Lionel Jospin, alors Premier ministre, l’évoque en 2001. Puis en avril 2005, le Président de la République Jacques Chirac en parle à l’occasion de la Journée nationale du souvenir de la déportation du 24 avril :

« En Allemagne, mais aussi sur notre territoire, celles et ceux que leur vie personnelle distinguait — je pense aux homosexuels — étaient poursuivis, arrêtés et déportés. »

À la suite de ses révélations, une partie de sa famille rompt avec lui.

Dès 1995, Pierre Seel est invité à apporter son témoignage au public, dans plusieurs villes (Lille, Besançon, Marseille…) et sur la fréquence « Radio Campus ». Pierre Seel est interviewé en 1998 par l’USC Shoah Foundation Institute créé par Steven Spielberg (…)

Décès

Pierre Seel s’éteint le 25 novembre 2005 de causes naturelles à l’âge de 82 ans. Ses obsèques religieuses ont lieu dans l’intimité trois jours plus tard à Toulouse où il vécut vie professionnelle et retraite les trente-sept dernières années de sa vie. Il est aujourd’hui inhumé dans le cimetière de Bram, dans l’Aude.

Son témoignage bouleversant restera dans l’Histoire pour ne jamais oublier l’infâmie des nazis et comprendre la nature haineuse des partis d’extrême-droite

En 2008, la ville de Toulouse a rebaptisé une de ses rues en l’honneur de Pierre Seel.

wikipedia + Gay Influence résumé et traduit de l’anglais par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !! …

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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3 commentaires pour Joyeux… Pierre Seel

  1. Osyth dit :

    Thank you for telling the story of Pierre Seel. It is one I keep close to my heart since I first read of him not long after I moved to France. It is so important that we do not forget that less than 100 years ago this horror was inflicted on account of sexuality and that it was still illegal even in my country of birth for nearly two decades more

  2. roijoyeux dit :

    Indeed … Gay people had to hide back then and it was even worse for Pierre, because after the trauma he had endured at the hands of the Nazis as a homosexual, he tried for 40 years (!) to deny his true nature, even to the point of getting married and having children …

    And his family life was not happy and he always felt he had to hide what had happened to him to protect his wife and children and he was ashamed for being attracted to men
    😦

  3. Même si je savais que des homosexuels avaient aussi été déportés par les Nazis à cause de leur orientation sexuelle, je ne connaissais pas l’histoire de ce monsieur. L’horreur est toujours plus dure à supporter quand elle a un visage et une voix. Merci pour cet article. Biz

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