Joyeux… Max Jacob

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur le grand poète et romancier français Max Jacob (1876 – 1944), nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1933 et reconnu officiellement « poète mort pour la France » en 1960.

Max Jacob, grand homme de lettres … et gay

MAX JACOB, par René Soral – Revue « Arcadie » n°97 janvier 1962 – via Culture [gay] et débats

Saint-Benoît-sur-Loire est célèbre par sa basilique bénédictine dont le narthex est l’une des merveilles de l’art roman.

Cette église évoque bien des souvenirs, parfois dramatiques ; l’un d’eux, récent, est celui de Max Jacob.

Beaucoup de personnes peuvent encore se rappeler l’étrange individu, au crâne rasé, à l’allure de sacristain, qu’elles trouvaient dans la basilique, agenouillé devant les stations du Chemin de Croix, le front touchant le sol, ou bien redressé, se frappant à grands coups la poitrine, les yeux levés au ciel.

Ces yeux étaient très beaux, noirs, brillants, d’une langueur presque féminine et un peu orientale, mais aussi pétillants d’intelligence et de bonté malicieuse.

C’est que Max Jacob avait une personnalité particulièrement complexe. En premier lieu, il était à la fois israélite et breton, étant né à Quimper en 1876, où il resta jusqu’à sa quinzième année. La double influence de la race et du milieu explique en tout cas le mysticisme du poète, son goût de l’humilité et des crises de conscience.

Installé à Paris, il fréquenta les cénacles des jeunes écrivains et peintres d’avant-garde qui se réunissaient dans des cafés du Quartier Latin, de Montparnasse ou de Montmartre. Il y fit la connaissance de Guillaume Apollinaire et de Pablo Picasso qui furent ses meilleurs amis, ainsi que Raymond Radiguet, Jean Cocteau et bien d’autres, car il avait le sens de l’amitié.

Après avoir exercé quelque temps le métier d’employé, Max Jacob s’établit astrologue rue Ravignan, non loin du Bateau-Lavoir, où vivait Picasso dans la misère la plus complète. Entre deux horoscopes, il écrivait, mais, se passant d’éditeur, faisait imprimer ses livres à son compte, qu’il vendait par souscription à ses amis. Il faisait aussi des gouaches et des dessins, appréciés de quelques amateurs.

Max Jacob était très attiré par l’astrologie, la magie et l’évocation des esprits.

Un beau jour de 1909, ce fut le Saint-Esprit qui descendit, ou plus exactement son incarnation sous la forme du Christ lui-même, éblouissant de beauté, qui lui apparut sur les murs de sa pauvre chambre. Quelques années plus tard, en 1914, une seconde apparition du Christ eut lieu dans un endroit inattendu : au cinéma, sur l’écran où passait un film à épisodes de Paul Féval.

C’est alors qu’il se fit baptiser, et son parrain fut Picasso. Cependant cette conversion ne se fit pas sans difficultés et laissait ses meilleurs amis sceptiques. Ils ne voyaient en lui que l’amuseur dont les talents mordants d’imitateur faisaient leur joie, le dandy aux goûts excentriques, portant à Montmartre monocle et haut-de-forme, le bohème impénitent, le mondain séduisant les grandes dames par sa drôlerie et sa gentillesse, l’homosexuel invétéré, le drogué enfin, car il prenait de l’éther.

Mais ces pitreries, ces grimaces dissimulaient une grande détresse, une profonde sensibilité, un dégoût de sa vie factice et des tentations auxquelles il succombait, non sans lutte intérieure.

Ces deux aspects de sa personnalité caractérisent aussi son œuvre, et c’est ce qui en fait le charme, car, derrière les jeux de mots, les images baroques et surréalistes, une sensibilité frémissante, qui voudrait se cacher sous ces jongleries, éclate parfois et leur donne une intensité toute particulière.

Ainsi, l’un de ses livres, intitulé « La défense de Tartufe » est dédié « à saint Cyprien, mon patron et mon ange gardien…, à saint Jude, avocat des causes désespérées » (…)

La forme de ses poèmes est très libre et va jusqu’au poème en prose dont il usa en maître dans « Le Cornet à dés ».

La verve de Max Jacob éclate dans ses petits romans, chefs-d’œuvre d’observation humoristique de la bêtise humaine; en revanche ils sont dénués de tout mysticisme.

Dans ses aquarelles et ses dessins, Max Jacob a fait également preuve d’une grande virtuosité. Il signa même un contrat avec un marchand de tableaux et aurait certes pu faire une brillante carrière de peintre.

Mais petit à petit la religion lui montrait l’inanité des biens de ce monde. Il fit un premier séjour de deux mois à Saint-Benoît-sur-Loire en 1921. Il s’y trouva si bien qu’il y revint habiter plusieurs années, servant la messe, décorant l’autel, priant.

Mais en 1927, il en eut assez et revint à Paris où il se livra avec délectation aux joies et aux débauches de la capitale. Puis il en fut de nouveau lassé et retourna à Saint-Benoît, cette fois-ci définitivement.

Jusqu’en 1944, sa vie fut parfaitement édifiante, sans cependant lui apporter la paix de l’esprit, car sa faculté de souffrance était infinie, ses scrupules innombrables et sa sensibilité plus vive que jamais.

La guerre et les persécutions faites aux Juifs aggravèrent ces réactions, jusqu’à ce qu’un matin de février 1944, il fut arrêté par les Allemands, venus sonner à la porte du presbytère et déporté au camp de Drancy. Jean Cocteau et Sacha Guitry intervinrent aussitôt pour obtenir sa libération mais c’était déjà trop tard. Il mourut emporté par une pneumonie cinq jours plus tard.

(…)

Vie privée

Toute sa vie, Max Jacob sera déchiré entre sa foi catholique et son désir homosexuel. De 1921 à 1927, il se retire dans le monastère de Saint-Benoît-sur-Loire. Rentré à Paris il reprend son rythme infernal qu’il confesse dans son recueil de poèmes « Fond de l’eau »; comme l’a raconté Julien Green : « Il passait toutes ses soirées dans les cafés de Montparnasse à courir après un garçon qu’il ramenait chez lui. Le lendemain matin il allait se confesser à l’église Notre-Dame-des-Champs. Quand il apparaissait dans l’église, les prêtres se cachaient; ils connaissaient sa confession par coeur : c’était toujours la même. Max assistait à la messe, communiait et le soir recommençait à chercher un autre garçon. »

Max Jacob ne cesse de culpabiliser : « Je suis un cochon, un salaud, je suis la honte, je suis la boue. » Ses amants sont souvent de jeunes malfaiteurs recherchés par la police. Un soir il quittera une soirée mondaire en disant, à la stupéfaction des bourgeois : « J’attends chez moi un jeune cambrioleur qui est mon amant (…)

A partir de 1928, Max Jacob s’entoure d’une véritable cour de jeunes homosexuels qui vont par la suite s’illustrer dans tous les arts : Henri Sauguet, Antonin Artaud, Marcel Herran, Louis Salou, Charles Trénet, Alain Daniélou… Jean Moulin, futur héros de la Résistance, fait partie du cercle de ses amis très proches et utilisera Max comme nom de code de résistant, ce que certains voient comme la preuve d’une liaison avec le poète…

Postérité

Parmi les nombreux hommages rendus à Max Jacob depuis son décès :

  • En 1950, est fondé un prix de poésie qui porte son nom, le prix Max-Jacob.
  • Une rue du quartier « Maison Blanche » à Paris a été renommée en 1956 en l’honneur du poète.

  • En 1989, le théâtre municipal de la ville natale de Quimper, théâtre qu’il a évoqué en 1922 dans son drame « Le Terrain Bouchaballe », prend le nom de Théâtre Max-Jacob. Un collège y portent également son nom.
  • En septembre et octobre 2006, le réalisateur Gabriel Aghion réalise « Monsieur Max » avec dans le rôle-titre Jean-Claude Brialy (dont ce fut le dernier rôle avant sa mort le 30 mai 2007).
  • En 2018 ce fut au tour de T. R. Knight d’interpréter le grand homme de lettres français dans la série américaine « Genius »…
  • entre autres …

Mémoire gaie + wikipedia + « Dictionnaire historique des homosexuel.le.s célèbres » de Michel Lariviere

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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... Soyons... Joyeux !!!
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2 commentaires pour Joyeux… Max Jacob

  1. iotop dit :

    Bon jour,
    Il était aussi en relation avec Edmond Jabès, philosophe et poète …
    Note : « Il déporté au camp de Drancy. » : Coquille ? : il doit manquer un mot entre il et déporté.
    Merci pour ce partage
    Max-Louis

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