Joyeux… James Bidgood

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur le génial photographe artiste américain James Bidgood dont l’œuvre homoérotique des années 50 et 60 inspire une multitude de photographes de notre époque, notamment les géants Pierre et Gilles, dont le style est très proche, ou David LaChapelle.

James Bidgood, né à Madison (Wisconsin) le 28 mars 1933, vit et travaille à New York depuis l’adolescence. Ses photographies montrent de jeunes hommes dénudés dans des scènes de fantastique (mythologie, rêve) et souvent une atmosphère homoérotique.

Il restera dans l’histoire pour avoir écrit, réalisé et produit le film « Pink Narcissus », chef d’oeuvre du cinéma érotique d’abord sorti anonymement en 1971 et attribué à Andy Warhol.

La folle histoire de James Bidgood, le véritable auteur de « Pink Narcissus »

par Romain Burrel – Les Inrocks – 03/01/17 11h53

Ce brillant plasticien a influencé Pierre et Gilles et David Lachapelle mais demeure inconnu du grand public. Portrait d’un chaînon manquant de la culture « gay kitsch » qui s’expose enfin à Paris.

C’est l’histoire d’un génie ignoré. Un inventeur de la culture queer dont on aurait (presque) oublié le nom. Pourtant, dans les années 60, le photographe James Bidgood a jeté les bases du « gay kitsch ». Sans lui, pas de Pierre et Gilles ou de David Lachapelle. Mais si ses disciples sont devenus des géants de la photo, Bidgood lui est resté une icône underground, maudite et modeste :

« En interview, on me répète sans cesse que j’ai créé une esthétique gay mais je ne m’en rends pas compte ! Pierre et Gilles m’ont crédité dans leur livre parmi leurs influences mais je suis loin d’être le seul ! Personne n’est une page blanche. J’ai juste suivi mon imagination. »

De fait, ce new-yorkais né dans le Wisconsin a défini en quelques images une certaine idée de la beauté masculine: de jeunes éphèbes à la beauté irréelle, lascivement installés dans des tableaux surréalistes souvent inspirés par la mythologie :

« Aujourd’hui avec internet tout va plus vite mais à l’époque, je passais des semaines à faire des recherches à la bibliothèque pour créer un seul tableau. Mes parents eux n’étaient pas du tout branché art. Ma mère avait simplement accroché au mur une très belle illustration de Maxfield Parrish. C’est peut-être ça qui m’a influencé. Comme les films de Michael Powell comme « Le Voleur de Bagdad » (1940) ou « Les Chaussons rouges » (1948). »

Un projet fou

Au début des années 60, Bidgood gagne sa vie en tant que costumier à Broadway ou comme drag queen au « Club 82 ». Mais à ses heures perdues, il crée un univers onirique peuplé d’hommes souvent dévêtus qu’il photographie, apportant un soin maniaque aux décors et costumes qu’il fabrique de toutes pièces.

Il vivote en revendant ses images à des magazines érotiques comme « Muscle boy ». Puis Bidgood va se lancer dans un projet fou. Pendant sept ans, de 1963 à 1970, il s’enferme seul dans son petit appartement du quartier de Hell’s Kitchen pour réaliser son chef d’oeuvre: « Pink Narcissus ». Un film tourné en Super 8 pour lequel Bidgood endosse tous les rôles: réalisateur, décorateur, costumier, maquilleur…


Bobby Kendall, l’iconique modèle de James Bidgood. © Bidgood

« Dès que j’avais un moment, je travaillais sur mon film. C’était un boulot titanesque mais quand tu es un artiste, tu t’en fous ! Si j’ai mis autant d’années à faire « Pink Narcissus », c’est parce que je filmais seul dans mon appart. C’est pour ça qu’on ne voit qu’un seul axe de caméra: parce que sur l’autre mur, il n’y avait rien ! J’ai même dû fabriquer des petits moteurs avec des câbles pour faire pivoter la caméra ! »

L’idée de « Pink Narcissus » nait lorsqu’en 1962, Bidgood croise le chemin d’un jeune latino à la beauté sublime : Bobby Kendall. Il en fera sa muse, son Joe Dallesandro à lui. Mais surtout, la star de son film : l’histoire d’un jeune gay cloîtré dans sa chambre, se rêvant tour à tour en torero, sultan ou prostitué et qui finira immanquablement par tomber amoureux de son propre reflet :

« Je vivais à quelques blocs de la 42e rue, la rue des prostitués les plus pauvres. J’allais souvent prendre un café là bas pour les regarder mais j’avais rarement les couilles de les aborder en disant : « Hello, je suis un photographe ». Le plus souvent, ce sont des amis qui me disaient « moi je connais un mec que tu aimerais shooter ! » puis ils me filaient un numéro. C’est comme ça que j’ai rencontré Bobby. Il était merveilleux. Les autres garçons du film étaient des danseurs du Club 82. »

Attribué à Andy Warhol

Mais au moment du montage, le perfectionniste Bidgood va être spolié de son chef-d’oeuvre. Les financiers, qui ne veulent plus attendre, décident de sortir le film [montage non fini]. Bidgood refuse que son nom y soit mêlé, signant le film d’un rageur « Directed by : Anonymous ». Devenu objet de culte, « Pink Narcissus » fut attribué à Kenneth Anger ou Andy Warhol. Son véritable créateur, lui, mettra dix ans à s’en remettre.

Aujourd’hui, James Bidgood a 83 ans. Il vit toujours à New York, dans une misère presque totale. Si fauché qu’il a dû lancer une campagne de crowfunding pour s’acheter un nouvel appareil photo. Rude, quand on sait qu’une image de David Lachapelle peut atteindre 50 000 euros.

En 2010, pourtant Bidgood pensait voir le bout du tunnel lorsque le créateur de chaussures Christian Louboutin lui commande de petits écrins pour ses luxueux escarpins. Le projet sera finalement avorté, « à cause de l’entourage de Christian. Ça m’a brisé le coeur », regrette le vieil homme. En janvier 2017, Bidgood sera célébré lors d’une exposition de ses photos « vintage » à la galerie Mathias Coullaud à Paris.

« J’avais fait imprimer ces photos à peu de frais pour les vendre par la poste. J’avais besoin de fric à l’époque. Comme aujourd’hui d’ailleurs, je suis la vieille folle la plus pauvre que je connaisse. (rires) »

« Van Gogh kitsch »

Ironie du sort, dans 20 ou 100 ans, les images de James Bidgood se négocieront sûrement elles aussi à coups de millions. Telles les rêveries d’un Van Gogh kitsch et glamour de la photographie.

Romain Burrel – Les Inrocks

NB : le film « Pink Narcissus » est disponible en vidéo.

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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... Soyons... Joyeux !!!
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2 commentaires pour Joyeux… James Bidgood

  1. Ton article est passionnant ! Merci pour la découverte !

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