Joyeux… Daniel Cordier

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur Daniel Cordier, 97 ans, ancien secrétaire particulier de Jean Moulin et compagnon de la Libération au parcours exceptionnel que j’ai découvert ce matin en écoutant Hélène Jouan sur Europe 1.

Daniel Cordier, héros de la Résistance … gay

Daniel Cordier est né à Bordeaux le 10 août 1920.

Après avoir été Camelot du roi [militant d’extrême droite], il s’engage dans la France libre dès juin 1940, à 19 ans. Secrétaire de Jean Moulin en 1942-1943, au contact de qui ses opinions ont évolué vers la gauche, il lui a consacré une biographie en plusieurs volumes de grande portée historique. Il a été, après la guerre, marchand d’art, critique, collectionneur et organisateur d’expositions, avant de se consacrer à des travaux d’historien.

Jeunesse

Ses premières années se déroulent en Aquitaine. Né à Bordeaux en dans une famille royaliste, il grandit dans un internat catholique d’Arcachon (le pensionnat Saint-Elme) puis s’installe à Pau avec sa mère remariée là-bas. Une existence privilégiée auprès de sa grand-mère puis sa mère. Influencé par sa famille, il est militant à l’Action française mais, révolté à l’annonce de l’armistice par le maréchal Pétain, il quitte la France car il refuse la défaite.

Espérant que l’Empire français continuera la guerre, il embarque le 21 juin 1940 à Bayonne sur un navire belge, le cargo Léopold II, qui devait aller en Algérie. Le bateau fait finalement route vers l’Angleterre. C’est ainsi que Daniel Cordier se retrouve à Londres où il s’engage dans les Forces françaises libres du général De Gaulle le 28 juin 1940.

La rencontre de sa vie

Devenu membre des services secrets de la France Libre, il est parachuté en 1942 près de Lyon et rencontre Jean Moulin à Lyon, la rencontre qui bouleverse sa vie :

« Quand il m’a embauché comme secrétaire je ne savais pas que c’était Jean Moulin. Pour moi c’était Rex. C’était un homme très élégant et très exigeant. Je relevais le courrier et distribuais les lettres pour les mouvements de la résistance. Je distribuais aussi de l’argent, beaucoup d’argent.

La nuit je vidais et décidais les messages. Pour ne pas éveiller les soupçons, quand il y avait trop de monde qui aurait pu nous écouter, il se mettait à me parler d’art. Je n’y connaissais rien, mais lui était grand amateur d’art contemporain. »

L’art est ce qui les réunira au-delà de la guerre et de la mort de Jean Moulin :

« [Il faisait comme si] l’art était notre vie à tous les deux (…) Il voulait être artiste peintre quand il avait 17 ans, c’est son père qui l’a obligé à être préfet. »

Daniel Cordier entre dans le quotidien et un peu dans la vie de Jean Moulin qu’il côtoie pendant un an, en tant que secrétaire particulier. Il sera son plus proche collaborateur jusqu’au guet-apens de Caluire le 21 juin 1943 (Caluire fût le théâtre du tragique épisode qui devait jeter Jean Moulin dans les griffes de Klaus Barbie et mettre un terme à son activité héroïque).

Daniel Cordier n’apprendra la mort de Jean Moulin que bien plus tard, à l’automne 1944. La suite de sa vie se retrouve guidée par son parcours aux côtés du grand résistant qui lui avait dit lors de leurs nombreuses discussions autour de l’art :

« Quand ce sera fini, je vous emmènerai au Prado [musée de Madrid] et vous verrez ce que c’est que de la peinture… Et je suis allé au Prado, je n’étais jamais entré dans un musée, la peinture ne m’intéressait pas, mais j’ai découvert que c’était quelque chose de miraculeux. »

Daniel Cordier deviendra marchand d’art de premier plan, ouvrant des galeries à Paris, New York et Francfort, exposant des artiste majeurs comme Dubuffet dont il deviendra le marchand officiel.

Une infaillible fidélité à Jean Moulin

Un vie tournée vers l’art mais en 1977, ses années de résistance ressurgissent. Il sort de son silence lorsqu’un livre de Henri Frenay décrit Jean Moulin comme un agent soviétique. Choqué par ce qu’il considère comme des calomnies, Cordier entreprend des recherches historiques pour défendre la mémoire de son ancien patron.

Le voilà qui se lance dans l’exploration méthodique de documents, un immense travail sur les archives. Lui le marchand d’art se fait historien-témoin de cette période pour son premier livre, une colossale biographie de Jean Moulin, « Jean Moulin. L’Inconnu du Panthéon ».

« Avoir été antisémite tout d’un coup, j’ai eu le sentiment que c’était un crime »

Il revient aussi avec sincérité sur son antisémitisme de jeunesse qu’il a fini par combattre. Il raconte la première fois qu’il a vu un homme portant une étoile jaune. C’était à Paris en 1943 :

« Un homme et son fils avec l’énorme pancarte « juif ». Là… ces hommes… ce père et son fils qui étaient des Français comme moi, comme nous tous…

Quand je me souviens de ça j’ai envie de les embrasser tous les deux. J’ai les larmes aux yeux, ça a été le plus grand choc de ma vie. Avoir été antisémite tout d’un coup, j’ai eu le sentiment que c’était un crime, que c’était horrible !

Toute sa vie, Daniel Cordier a été fidèle à la mémoire de Jean Moulin, celui qui lui a ouvert les yeux.

(…)

Etre en règle avec soi même et avec la vérité, c’est ce qui fait de lui assure-t-il un « vieux monsieur très très heureux ».

Il y a des leçons à écouter dans le témoignage de Daniel Cordier : son humilité, son optimisme, comme il fait du bien son optimisme : « Aujourd’hui n’est pas pire qu’hier et même quand tout parait bouché, il peut rester un espoir », dit-il.

Sa liberté surtout : celle d’un homme qui a vécu selon ses valeurs, affranchi de son héritage familial et culturel, capable de parler avec pudeur de son homosexualité, « parce qu’on fait ce qu’on veut de son corps, cela va avec l’idée de liberté ».

Un grand homme libre, et … homosexuel

Il nous apprend qu’il n’y a pas d’engagement petit ou grand, sinon celui pour la liberté justement, qu’il faut faire ce qu’on attend de soi-même.

Daniel Cordier n’a pas la prétention de faire l’Histoire, parce qu’il n’avait pas pour dessein de la faire, mais l’Histoire le retiendra, comme un Français libre. Oui il y des leçons à écouter de cet homme qui ne souhaite pas en donner.

(—)

Aujourd’hui installé à Cannes (Alpes-Maritimes), Daniel Cordier continue de travailler à ses mémoires, dont le premier volume, consacré à la période allant jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin, a connu un grand succès lors de sa sortie, en 2009 (« Alias Caracalla », Gallimard).

En 2014 est paru « Les Feux de Saint-Elme », le récit de son éveil sentimental et sexuel au collège lycée Saint-Elme d’Arcachon, pensionnat religieux de garçons dans lequel il passa son adolescence. Il y subit les influences contradictoires d’André Gide et des enseignements de l’Église catholique en la personne de son confesseur, qui le persuade de renoncer à son amour pour un garçon du nom de David Cohen. Cet épisode devait marquer sa vie entière.

Daniel Cordier n’a révélé son homosexualité qu’en 2009 à l’occasion de la sortie du tome I de ses mémoires, et a annoncé que ce serait un thème du tome II.

A 97 ans, il est l’un des sept derniers compagnons de la Libération (sur 1 038) encore en vie.

Postérité

Daniel Cordier a reçu les plus hautes décorations françaises :

  • Grand-Croix dans l’ordre national de la Légion d’honneur, le 31 décembre 2017 ;
  • compagnon de la Libération, le 20 novembre 1944 ;
  • Croix de Guerre 1939-1945.

Vous pouvez découvrir l’intégralité de son témoignage émouvant recueilli par Marie-Pierre d’Abrigeon, Didier Bonnet et Nicolas Titonel, dimanche 13 mai 2018 à 11 h 25 sur France 3 Aquitaine, et sur le site de France 3

Christine Le Hesran (France 3) 10 mai 2018 + wikipedia

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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