Joyeux… Kent Monkman

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur le formidable artiste peintre canadien Kent Monkman. Utilisant un style virtuose en partie inspiré des peintres de l’Ecole American Hudson River du XIXe siècle, l’oeuvre de Monkman critique intelligemment et souvent avec humour, la manière dont les canadiens blancs ont traité et représenté les peuples indigènes.

Kent Monkman … peintre virtuose … gay

Kent Monkman est né le 13 novembre 1965 à Saint Marys (Ontario) et a été élevé à Winnipeg dans le Manitoba par son père Moskégon (indien d’une tribu du Nord Manitoba) et sa mère d’origine anglo-irlandaise. Après avoir obtenu en 1989 un diplôme d’illustrateur à l’Université des Arts Appliqués de Sheridan (Ontario), Monkman resta à Toronto où il vit et travaille toujours aujourd’hui (2018).

C’est un artiste accompli dans les domaines de la peinture, de la sculpture, la réalisation de vidéos, la décoration et le spectacle, dont les oeuvres ont été exposées dans de nombreux musées prestigieux, notamment le Musée des Beaux-Arts de Montréal, le Musée d’Art Canadien Contemporain de Toronto, la Winnipeg Art Gallery, et la Galerie d’Art de Hamilton.

Monkman est connu pour ses peintures pittoresques qui attirent sans complexe l’attention sur les effets dévastateurs du colonialisme, en particulier son impact sur la sexualité. Son art s’approprie le langage visuel de l’histoire de l’art colonial Nord-américain en le désorganisant, bouleversant les traditionnelles représentations et perceptions que nous avons de la conquête de l’Ouest.

Monkman peint des paysages époustouflants et romantiques en s’inspirant d’artistes du XIXè siècle comme George Catlin, Paul Kane, Frederic Edwin Church et Albert Bierstadt. Cependant, explique-t-il, « lorsqu’on regarde ces paysages en tant qu’aborigène, on réalise combien ils sont subjectifs… Ces paysages n’étaient pas vides lorsqu’ils furent peints au XIXè siècle… Ils étaient peuplés par beaucoup de tribus indiennes diverses… Donc quand je réalise mes peintures, je ne repeins pas forcément l’histoire, mais je pousse les gens à réaliser qu’il y a énormément de récits manquants. » Dans les mains de Monkman, ces récits manquants deviennent des fantaisies homo érotiques satiriques, typiquement des cowboys soumis associés à de jeunes guerriers Indiens, insérés dans les vastes territoires sauvages nord américains.

Il crée ainsi un nouveau « Old West » de travestissement et d’échange de rôles entre « les cowboys et les Indiens » où sont inclus diverses autres créatures, notamment coyotes, centaures, pégases, shamans, artistes, explorateurs européens, marchands et, souvent au centre des activités, Miss Chief.

Monkman « Miss Chief »

Ce personnage flamboyant créé par Monkman, Miss Chief Share Eagle Testickle – jeux de mots sur « mischief » (« espièglerie » en anglais), « Cher » (la chanteuse américaine) et « egotistical » (« égoïste ») – est une extravagante princesse indienne drag queen, affublée de plumes, paillettes et mocassins à talons-aiguilles, alter ego du peintre…

Sa présence dans les peintures et en dehors (Monkman se glisse aussi dans la peau de Miss Chief dans des vidéos et sur scène) défie la dynamique du pouvoir masculin traditionnel et réintroduit la fluidité sexuelle dans l’histoire puritaine de l’Amérique du Nord.

Monkman, qui est gay, pense être un « deux-esprits », concept autochtone honorant l’existence des deux esprits masculin et féminin dans un seul corps. Miss Chief est une référence au fait que l’homosexualité était acceptée et même admirée dans les tribus indiennes.

Ce fait apparait dans des peintures de Monkman comme Artist and Model (2003), où dans un paysage idyllique impeccablement peint, Miss Chief, vêtue d’une coiffe descendant jusqu’au sol, de chaussures roses à talon et d’un pagne, est debout devant un chevalet et peint tranquillement un cowboy blanc attaché devant elle avec le pantalon sur les chevilles et le corps percé de flèches tel Saint Sébastien.

Miss Chief apparaît aussi dans « The Triumph of Mischief » (2007), une peinture de 2 mètres sur 3 remplie d’actes libidineux entre indiens, colons européens, et autres créatures dans un sublime décor sylvestre, sous les yeux mélancoliques de Miss Chief… Ce tableau se veut une représentation de l’histoire de l’art nord américain et du colonialisme.

Monkman apparait aussi en Miss Chief dans des vidéos. « Shooting Geronimo » (2007) montre un cinéaste blanc habillant deux jeunes indiens de perruques et de pagnes et leur indiquant comment danser « authentiquement » pour son western. A l’arrivée de Miss Chief, le réalisateur est accidentellement tué d’un coup de pistolet, ce qui force les garçons à diriger le film eux-mêmes.

« Dance to Miss Chief » (2010), est un clip video où une Miss Chief chanteuse danse sur son propre disque en boîte de nuit. Ce clip alterne les plans de ses déhanchements et les chorégraphies acrobatiques de ses danseurs, avec des extraits de vieux westerns de Karl May, critiquant joyeusement la fascination des allemands pour les indiens d’Amérique du Nord.

« Mary » (2011) est une autre vidéo ayant pour héroïne Miss Chief qui se rappelle la visite du Prince de Galles à Montréal en 1860. Vêtue d’une robe rouge à paillettes et de bottes en cuir emplumées, elle tient contre son visage le pied du Christ, symbole du pouvoir blanc. « L’influence de l’église sur le peuple indien m’a inspiré des allégories bibliques » explique Monkman, qui a choisi l’allégorie de Marie-Madeleine lavant les pieds du Christ avec sa chevelure car « cela m’a fait penser à l’idée de capitulation lors des traités entre blancs et indiens… Lorsqu’ils ont signé ces traités, ils ne pensaient pas céder leurs terres, ils pensaient partager. »

Certaines oeuvres plus récentes de Monkman sont inspirées d’artistes divers comme Pablo Picasso, Henri Matisse et Henry Moore. Par exemple, la peinture « Love » (2014) a pour décor une rue d’un quartier mal famé, où un groupe d’indiens mettent avec précaution dans un grand sac poubelle une femme nue semblant sortir directement d’un tableau de Picasso; cette imagerie de Monkman attire l’attention sur le prix de la modernité en soulignant la force et l’agilité de ceux qui sont forcés à s’y adapter. Son oeuvre rappelle que le progrès et la modernité arrivèrent simultanément avec la tragique chute de la vie des indiens, dépossédés de leur terres et en général parqués dans des réserves et des écoles spéciales, dans un état de désespoir général, avec perte de leurs repères culturels et de leur identité.

(…)

La vidéo « Group of Seven Inches » (2005) est une autre critique impertinente montrant comment les colonisateurs blancs se sont appropriés la culture indienne, où Monkman montre au public blanc que « vous nous avez observés [mais] nous aussi on vous a observés. » Thématiquement similaire à la peinture « Artist and Model » mentionnée ci-dessus, ce film muet en noir et blanc granuleux, présente une inversion des rôles, en retournant dans le passé pour réarranger l’histoire de la colonisation.

Monkman dans son costume de Miss Chief y joue le rôle d’un colonisateur indien, approchant des sujets européens sans aucune curiosité. Elle arrive à cheval et emmène deux hommes blancs vêtus de pagnes dans une cabine où elle les séduit avec de l’alcool et les utilise comme modèles pour ses peintures.

Elle les habille ensuite de vêtements qu’elle estime « authentiques », ne tenant pas compte du look véritable des européens.

Le décor renverse aussi la subjectivité de l’histoire de l’art colonial, puisque le film fut tourné sur l’emplacement de la « McMichael Canadian Art Collection », première galerie d’art du « Group of Seven », groupe dont les membres étaient les 7 peintres canadiens les plus célèbres du XIXe siècle, et dont le but était d’immortaliser sur toile la sauvagerie des régions conquises, dans des oeuvres qui sont devenues des symboles de l’identité du Canada.

Cependant, les représentations romantiques de ces peintres suggèrent que ces espaces étaient totalement vierges d’habitants et que personne n’y avait jamais mis les pieds… Ces représentations fausses n’ont pas échappé à Monkman, et avec son film, il inverse le scénario de bien des façons, faisant de « Group of Seven Inches » son propre conte, en prenant de significatives libertés avec la vérité historique, comme l’avaient fait le « Groupe des 7 » et beaucoup d’autres artistes européens du XIXe siècle.

University of Texas at Austin Fine Arts Landmarks + The Canadian Encycopedia – traduit de l’anglais par roijoyeux

… Merci à Larry et son blog où j’ai découvert le fascinant Kent « Miss Chief » Monkman

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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2 commentaires pour Joyeux… Kent Monkman

  1. Mél@nie dit :

    voici un aut’ joyeux qui vient de décéder, à 86 ans, RIP… he came out in 2005 – after decades of silence, you may have heard of him:
    https://people.com/movies/tab-hunter-dies-at-86/

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