Joyeux… Joseph Losey

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur le grand cinéaste américain Joseph Losey.

Joseph Losey, brillant metteur en scène … bisexuel

Joseph Losey est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 14 janvier 1909 à La Crosse dans le Wisconsin et mort le 22 juin 1984 (à 75 ans) à Londres, célèbre pour des chefs-d’oeuvre comme « The Servant » (1963), « Accident » (1967) et « Le messager » (1971).

Biographie sommaire

Trois éléments déterminent la personnalité, la carrière et l’œuvre de Joseph Losey : son origine familiale, la crise des années 1930 — qui le mène vers le théâtre politique — et le maccarthysme.

Origine familiale

Le futur cinéaste est issu d’une famille aisée et très puritaine. Son éducation religieuse l’influence fortement. Il est élevé dans un isolement politique total, inconscient des réalités sociales jusqu’au moment où il se trouve confronté à la dépression de 1929.

Crise des années 1930

Il entreprend des études de médecine et fréquente la troupe de théâtre de son université. Nourri de Marx, Trotski et même Staline, il effectue en 1931 un voyage à Moscou, où il rencontre des metteurs en scène de théâtre.

Après des études en Allemagne avec Bertolt Brecht, Losey retourne aux États-Unis, où son talent le mènera jusqu’à Hollywood.

Dans les années trente, il met en scène des pièces « engagées » à New York. Il travaille surtout au décor, qui sera toujours un élément capital de sa mise en scène.

Maccarthysme

La carrière de Losey débute sous le signe d’un engagement politique certain et il s’investit aux côtés du Parti communiste américain.

Après une carrière réussie à Hollywood (« Le Garçon aux cheveux verts » (1948), « Haines » (« The Lawless ») (1950), « Le rôdeur » (1951), « M » (remake de « M le maudit » de Fritz Lang) (1951) et « La grande nuit » (1951)), il est sommé en 1952 de se présenter devant la House Un-American Activities Committee alors qu’il tourne un film en Italie, et choisit de s’exiler en Grande-Bretagne.

Mais même au Royaume-Uni, il est confronté à des difficultés : initialement prévu pour diriger le film « X the Unknown » (1956), Losey est évincé du projet car, après quelques jours, la star Dean Jagger refuse de travailler avec un sympathisant communiste présumé.

Consécration

Après une dizaine de films, il retrouve la grande renommée internationale grâce à « The Servant » (1963) avec Dirk Bogarde et James Fox, puis « Modesty Blaise » (1966) avec Dirk Bogarde et Terence Stamp, « Accident » (1967) avec Dirk Bogarde et Stanley Baker et « Cérémonie secrète » (1968) avec Elizabeth Taylor et Mia Farrow.

Son film « Le Messager » (« The Go-Between ») avec Alan Bates, remporte la Palme d’or au Festival de Cannes de 1971.

Il poursuit avec d’autres grands films comme « L’Assassinat de Trotsky » (1972) avec Richard Burton, Alain Delon et Romy Schneider, « Maison de poupée » (1973) avec Jane Fonda et Edward Fox, « Monsieur Klein » (1976) avec Alain Delon.

Vie privée et homosexualité

Joseph Losey a eu quatre épouses, dont deux dont il ne mentionna jamais l’existence en public. Comme le cinéaste Nicholas Ray (qui fut son camarade au lycée), Losey était attiré sexuellement aussi bien par les hommes que par les femmes, ce qui bénéficia grandement à ses films.

Ses amis et autres connaissances ont été témoins de sa bisexualité, par exemple Michael Sayers, éminent scénariste et dramaturge britannique, qui a reporté avoir invité Joseph Losey et Dirk Bogarde à dîner dans les années 50 et que selon lui, ils étaient en couple sans aucun doute : « Dirk était l’homme dont Joe avait besoin, bien que sur la fin, il l’ait mal traité. » Une rumeur non confirmée, mais cette relation homosexuelle expliquerait l’utilisation que Joseph Losey a fait de Dirk Bogarde au cinéma, notamment dans « The Servant ».

« The Servant »

« The Servant » est un film complètement homosexuel : dès la première scène où le domestique Barrett (Dirk Bogarde) rencontre son futur patron, le jeune et beau Tony (James Fox) endormi dans sa somptueuse maison, il veut se le faire …

… Se le faire sexuellement ? Très probablement. Mais surtout, il a très envie de devenir sa femme, un but qu’il va réussir à atteindre assez rapidement…

De plus, Barrett méprise les femmes (même s’il est attiré sexuellement par elles), comme on peut le voir dans la scène de la cabine téléphonique : alors qu’il occupe la cabine, des jeunes filles ont aussi besoin de téléphoner; il regarde leurs jambes avec mépris tout en parlant, et quand il quitte la cabine, il dit méchamment à l’une d’elles, « écarte toi de mon chemin espèce de pute », sans raison apparente… Il déteste aussi Susan, la fiancée de son patron, et réciproquement, chacun voyant en l’autre un rival …

… Et même si « The Servant » couche avec la séduisante [femme de chambre] Vera (Sarah Miles), son attitude envers elle est légère et détendue, alors qu’avec son patron Tony (James Fox), il calcule et exige comme le ferait une femme cherchant à dominer un homme.

Une homosexualité latente

La relation entre les deux personnages principaux (le domestique et son jeune patron) est de nature homosexuelle et sado-masochiste de surcroît. Joseph Losey le confirme :

« C’est un sujet tragique comme tout ce qui est plus fort que la société, que la règle, que soi-même. Pour moi, le jeune homme, Tony, l’aristocrate, joué par James Fox est l’innocence, et c’est pour cela qu’il est un homosexuel fondamental. Tout homme doit vaincre une partie de lui-même pour aller vers la femme ».

Bien évidemment, du fait du puritanisme et des censures d’époque, Joseph Losey est obligé de traiter du sujet de façon implicite et souterraine. « Entre les deux hommes, il ne se passe rien pendant la durée du film. Après ? Tout est possible. »

Un film formidable où l’homosexualité est à la fois partout et nulle part, et dont une vision attentive fait mieux comprendre la sexualité ambigüe de Joseph Losey, qui selon l’historien Michel Larivière, fut souvent l’amant de ses interprètes masculins.

wikipedia + Senses of Cinema – résumé et traduit de l’anglais par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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2 commentaires pour Joyeux… Joseph Losey

  1. Écrirature dit :

    Bravo pour cet article magistral, monumental !

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