Joyeux… Robin Maugham

D’innombrables prodiges du monde du spectacle, sportifs exceptionnels, rois, capitaines d’industrie, scientifiques, politiciens, chefs cuisiniers et autres héros – sont gays ou bisexuels…

… J’ai décidé de raconter leurs histoires afin de montrer aux personnes qui ont été brimées à cause de leur orientation sexuelle qu’il y a des gays admirables dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Aujourd’hui je vous propose un article sur le brillant écrivain britannique Robin Maugham, neveu du légendaire W. Somerset Maugham.

Robin Maugham, talentueux écrivain britannique … gay

Robert Cecil Romer Maugham, 2è Vicomte de Maugham (1916 – 1981), connu sous le pseudonyme Robin Maugham, était un écrivain britannique.

Antécédents familiaux

Après des études de droits, il obtint son diplôme d’avocat et semblait, comme son père et son grand père, destiné à une carrière juridique, mais il réalisa que sa réelle vocation était d’écrire comme son son oncle, le grand W. Somerset Maugham. Politiquement, il alla aussi à l’encontre de son milieu d’origine hautement privilégié et devint socialiste, en réaction à la montée de l’extrême droite dans l’Europe des années 30.

Héros de guerre

Lorsque la 2nde Guerre Mondiale éclata, il refusa un poste de planqué dans les Hussards et rejoignit comme simple soldat un régiment d’artillerie londonnien en partance pour l’Afrique du Nord où il combattit avec les honneurs : son commandant Carr reporta dans diverses dépêches que Robin Maugham sauva la vie d’une quarantaine d’hommes en les retirant de tanks détruits …

… à la bataille de Gazala, Robin Maugham fut gravement blessé à la tête, à la suite de quoi il souffrit de pertes de connaissance passagères – plaisantant ensuite que cela faisait de lui l’homme parfait pour un poste dans l’intelligence. Après une période de convalescence, il devint officier de liaison entre Winston Churchill et les généraux Glubb et Page, puis fut démobilisé et rentra en Angleterre épuisé peu avant la fin de la guerre.

Carrière littéraire

En 1948, il écrivit un roman à succès intitulé « The Servant » qui fut adapté au cinéma dans les années 1960 par Joseph Losey avec Dirk Bogarde et James Fox. Ce premier roman fut suivi de plus d’une trentaine d’oeuvres littéraires : romans, récits de guerre et de voyage, pièces de théâtre et biographies comme « Somerset and all the Maughams » (1966).

Du temps de sa splendeur, Robin Maugham était un écrivain à succès dont les oeuvres furent traduites dans plusieurs langues.

Après la mort de son père en 1958, il devint le 2è Vicomte de Maugham. Dans son premier discours à la Chambre des Lords, il attira l’attention sur l’existence du trafic d’êtres humains (travail forcé, prostitution…) et que l’esclavage n’avait pas disparu du monde moderne.

Vie privée et homosexualité

L’un des thèmes récurrents des oeuvres de Robin Maugham est l’homosexualité.

Décrit par ses contemporains comme « insolemment homosexuel », mais en réalité bisexuel, Robin Maugham ne se maria jamais et n’eut pas d’enfants, et le vicomté s’éteignit avec lui – il avait trois soeurs, Kate, Honor et la romancière Diana Marr-Johnson (1908–2007).

Robin Maugham est enterré à Hartfield (Sussex) à côté de ses parents.

Postérité

Robin Maugham restera dans l’histoire pour « The Servant » (1948), extraordinaire et sulfureux roman duquel fut tiré un chef d’oeuvre réalisé par Joseph Losey également intitulé « The Servant » (1963) avec Dirk Bogarde dans le rôle du domestique, et James Fox dans celui de son jeune et beau patron Tony.

Vers le début du roman, Tony est décrit nu dans son bain avec force détails par Robin Maugham, et c’est l’un des nombreux passages homosexuels du livre.

Dans le film, l’homosexualité est sous-entendue mais omniprésente, cachée dans l’ombre. Le scénario signé Harold Pinter est superbement contrôlé, elliptique et pervers, faisant de subtiles allusions, séduisant et choquant de façon souterraine, comme les hommes gay étaient obligés de le faire en 1963 (en Grande-Bretagne) où l’homosexualité était un crime, et où montrer l’homosexualité à l’écran était interdit.

Pour localiser l’origine de l’homosexualité dans « The Servant », il faut remonter à sa source, le roman écrit par Robin Maugham, qui fut inspiré d’un évènement extraordinaire qui arriva à l’écrivain, évènement qui enchantera ceux qui s’intéressent à la sexualité dans la société britannique :

Robin Maugham avait loué une maison avec domestique; cet homme le perturbait car il se déplaçait presque sans bruit. Un soir, Maugham sortit avec Mary, la fille de Winston Churchill, puis il la ramena chez lui, où elle demanda à boire une bière blonde fraiche. Le réfrigérateur était au sous-sol, juste à côté de la chambre du domestique, chambre dont la porte était ouverte; en passant Maugham jeta un oeil et aperçut un adolescent nu sur le lit. Le domestique surgit alors de nulle part et dit : « je vois que vous admirez mon jeune neveu … Voulez-vous que je vous l’envoie pour vous souhaiter bonne nuit, Monsieur ? » … Maugham prétendit ne pas avoir entendu et repartit sans répondre.

Un piège clairement tendu par le domestique pour faire chanter Robin Maugham, dans lequel il ne tomba pas, mais dont il se servit pour son roman. Dans le livre, Maugham hétérosexualise le piège : Barrett le domestique fait entrer dans la maison sa jeune amante, qu’il présente comme sa nièce; dans le film, il la présente comme sa soeur, et c’est l’inceste (et non l’homosexualité) qui devient l’acte contre nature.

Dans le livre et dans le film, c’est donc une femme (et non un garçon) qui séduit Tony, le maître de maison. Mais c’est Barrett qui tire les ficelles, se servant de sa « soeur » pour contrôler son patron, une manipulation débordant d'(homo)sexualité.

A ce sujet, le livre de Robin Maugham est plus honnête que le film. Il contient un personnage, Richard Merton, qui n’apparait pas dans le film : Merton est un ami de Tony inquiet pour lui (Maugham sous-entend que c’est ce personnage qui est uni à Tony par un lien d’amour réel) et Merton demande carrément à Tony s’il a des relations sexuelles avec Barrett, ce à quoi Tony répond en riant que non, mais sans être offensé ni choqué…

De plus le mot « gay » est utilisé plusieurs fois dans le livre : après que Barrett ait décoré la maison, « les chaises [de Tony] ont été couverte de chintz doré gay »… Ensuite l’ami de Tony lui demande s’il est fondamentalement un célibataire papillonnant ou bien un « loup gay ». Tony répond « modérément gay ». Dans le film par contre le mot « gay » n’est jamais prononcé.

Qu’a pensé le public de cette extraordinaire et fascinante mais dérangeante histoire ? Il a probablement été sensible à ses échos littéraires : l’innocent Tony et le pervers Barrett ont quelque chose du Dr Jekyll et Mr Hyde, de Lord Henry Wootton et Dorian Gray, et même du roi Edouard II et Gaveston dans la pièce de Christopher Marlowe.

Un livre formidable où l’homosexualité est partout et dont une lecture attentive fait mieux comprendre la sexualité ambigüe de Robin Maugham.

wikipedia + The Guardian – résumé et traduit de l’anglais par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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