Joyeux… Grant Wood

Grant Wood, auteur d’« American Gothic », l’un des plus célèbres tableaux de la peinture des États-Unis, est le héros du 322è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

Grant Wood, génie de la peinture américaine

Certains tableaux, comme la Mona Lisa de Léonard de Vinci ou le Scream d’Edward Munch, sont connus de presque tout le monde et sont en cela de véritables légendes du monde de l’art. American Gothic appartient à cette catégorie des chefs d’oeuvre d’élite, et pourtant le nom de son auteur est peu connu du grand public.

Il s’agit de Grand Wood, grand peintre américain né à Amamosa dans la banlieue de Cedars Rapid (Iowa) en 1891, et mort en 1942 à Iowa City.

Jeunesse

Fils de Quaker, Grant Wood est élevé jusqu’à l’âge de dix ans dans une ferme dont l’atmosphère le marquera toute sa vie. Il apprend les métiers du bois et du fer à la Minneapolis School of Design and Handicraft puis étudie de 1906 à 1916 la peinture dans les cours du soir de l’Art Institute de Chicago.

Il voyage à plusieurs reprises en Europe dans les années 20 mais ne se montre pas intéressé par l’avant-garde. La peinture des primitifs flamands et celle de Memling en particulier, vue à la Pinacothèque de Munich alors qu’il travaille sur des vitraux en 1928, l’attirent davantage. De retour aux États-Unis, il s’associe au mouvement régionaliste de l’American Scene. Ses portraits, ses paysages et ses panneaux décoratifs sont d’une facture de plus en plus soignée. Il représente des scènes de campagne avec des figures, rappelant les fermiers de son enfance. Ainsi est né en 1930 son tableau « American Gothic » qui connaît un succès immédiat.

« American Gothic »

S’inspirant de l’art des primitifs et de la photographie populaire, Wood présente de face un couple de paysans devant sa maison. Mais la force de ce tableau, qui est aujourd’hui une véritable icône nationale, réside à la fois dans son aspect traditionnel, dans sa description de la province américaine et dans sa défense de la dignité et de l’universalité des pionniers du Nouveau Monde.

Anecdote : les modèles pour ce tableau ne sont pas un vrai couple de fermiers comme beaucoup de gens le croient, mais la propre soeur de Grant Wood, et son dentiste…

American Gothic est un tableau fascinant, l’une des oeuvres les plus reproduites et les plus parodiées de l’histoire…

… Mais très peu de personnes, même parmi celles qui connaissent son nom, savent que celui qui l’a peint était un homme gay qui souhaitait profondément que son homosexualité ne soit jamais révélée.

Homosexualité

L’homosexualité de Wood était un secret de polichinelle à Cedars Rapid, sa ville d’origine, où grâce à l’attitude discrète (« ne posez pas de questions – ne racontez rien ») des habitants, une petite population gay et lesbienne pouvait vivre en paix, tant qu’elle restait invisible.

Des notables de la ville, dont d’influents hommes d’affaires et le Président d’Université, protégèrent Wood de la curiosité et encouragèrent ses talents artistiques. Car sa vocation initiale n’était pas d’être fermier, mais créateur de bijoux, décorateur d’intérieur et divers métiers du théâtre.

David Turner, chef d’une entreprise funéraire à Cedar Rapids et membre d’une des familles fondatrices du Comté fut le premier protecteur de Grant Wood : enfant et adolescent, le futur peintre vécut avec sa mère veuve pendant des années sans payer de loyers dans l’un des bâtiments inoccupés de l’entreprise, servant autrefois de garage pour les corbillards.

Un lourd secret

A plusieurs reprises, l’homosexualité de Grant Wood fut sur le point d’être découverte. A la fin des années 20, un jeune homme le fit chanter après avoir eu une liaison homosexuelle avec lui. Le jeune journaliste MacKinlay Kantor, qui gagna par la suite le Prix Pulitzer en tant que romancier et devint scénariste de cinéma, écrivit un article pour la rubrique « Potins » du journal « Des Moines Tribune-Capital » mettant l’accent sur son célibat et ses goûts et son apparence féminins.

La révélation de son homosexualité aurait menacé non seulement sa réputation mais ses revenus et donc, Wood était très prudent et discret en public. Comme le patron de son bar préféré local aimait le dire : « Grant Wood est gai uniquement quand il est saoul. »

Célébrité soudaine

Pour un homme cachant un secret, la soudaine célébrité était à la fois une aubaine et une malédiction. Après le gigantesque succès d’American Gothic, de très importants media aux états-Unis s’intéressèrent à Grant Wood et ils écrivirent des papiers faisant des insinuations à la fois vagues et appuyées sur sa vie secrète, le décrivant comme un « célibataire timide », qui maintenait un « silence discret sur le mariage » tout en soulignant sa voix efféminée et son goût pour la couleur rose, allusions peu fines à son homosexualité.

Il semble que la crainte d’être découvert poussa Wood à adopter une personnalité aimable et simple en public, et il devint l’artiste-fermier de l’Amérique. Doté d’un physique rondouillard, il portait souvent des salopettes en jeans pour les interviews et les photos, et déclara un jour grotesquement, « Toutes les bonnes idées que j’ai jamais eues, sont venues à moi alors que je trayais une vache », alors qu’il n’avait pas mis les pieds dans une ferme depuis ses 10 ans.

Et bien qu’ayant vécu à Paris et en Allemagne, il minimisait son vécu et soulignait en l’exagérant son côté garçon de ferme du MidWest.

Les amours de Grant Wood

« Arnold Comes of Age » [Arnold atteint la majorité] (1930), tableau de Grant Wood représentant un jeune homme mince regardant au loin, avec en arrière-plan un paysage automnal, pourrait être interprété comme une description typiquement woodienne de l’Amérique traditionnelle, s’il n’y avait des garçons nus se baignant dans un coin du tableau…

… Les baigneurs sont si subtilement incorporés au paysage, et le titre si peu explicite que l’oeuvre semble à la fois suggérer et réprimer le désir homosexuel.

Arnold Pyle, assistant de Wood, venait juste d’atteindre ses 21 ans lorsque ce tableau fut peint. Wood avait été le professeur de dessin d’Arnold en classe de troisième et devint ensuite son mentor et ami de toute une vie. Tragiquement, Arnold décéda (en 1973) dans un accident d’auto en revenant d’un Festival artistique consacré à Grant Wood.

Il est à remarquer que le blond et enveloppé Grant Wood était surtout attiré par les hommes ressemblant à Arnold : les cheveux sombres, minces et jeunes, et il s’entoura de ce genre de garçons tout le reste de sa vie…

… La mort de sa mère en 1935 entraina de grands bouleversements…

Ne pouvant plus justifier son célibat par ses obligations filiales, il fit un mariage désastreux avec une femme bien plus âgée que lui, Sarah Moxon, anciennement actrice, à la grande surprise de ses amis et sa famille. Ce fut un mariage sans amour, non consommé, malheureux et très bref – le résultat d’une sorte de panique gay.

Le pire est qu’il tomba amoureux du fils de Sarah Moxon, un beau jeune homme dans la vingtaine, fruit d’un précédent mariage; il installa ce garçon dans leur maison, l’inondant de son argent et de son attention. Dans le foyer conjugal, habitait de plus le secrétaire de Grant Wood, Park Rinard, un autre jeune homme mince aux cheveux noirs dont Grant Wood était aussi amoureux, également sans être aimé en retour. C’en fut trop pour Sarah, et leur bref mariage se termina dans une amertume totale.

Wood quitta alors Cedar Rapids pour Iowa City, où il enseigna l’art à l’Université de l’Iowa. N’y bénéficiant plus du réseau d’amis qui l’avait protégé à Cedars Rapid, il fut dénoncé comme homosexuel par cinq collègues qui déposèrent une plainte écrite contre lui sans le prévenir. L’affaire fut finalement étouffée et Grant Wood enseigna à l’Université d’Iowa jusqu’à sa mort, mais l’épreuve ravagea sa santé et il devint fortement alcoolique (…) et décéda en 1942, âgé seulement de 50 ans, d’un cancer du foie

Postérité de Grant Wood

La précision de son métier, la profondeur et la finesse de ses analyses psychologiques tout comme son refus de la littérature ont permis à l’art de Grant Wood de dépasser le régionalisme. Il est présenté dans les principaux musées américains, notamment ceux de New York, de Chicago, de San Francisco et de Minneapolis.

Gay influence + Encyclopédie Larousse – résumé par roijoyeux

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