Joyeux… Soeur Sourire

Jeannine Deckers, religieuse catholique belge qui classa une de ses chansons, et son premier album, No. 1 des charts américains, est l’héroïne du 381è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêcha pas la réussite

Sa réussite fut prodigieuse, mais entraina une baisse de sa foi chrétienne puis une terrible tragédie personnelle. Voici l’histoire Jeannine « Soeur Sourire », « La nonne chantante ».

Jeannine Deckers, Soeur dominicaine et … pop star mondiale !!

Qui était Soeur Sourire ?

Née Jeanne-Paule Marie “Jeannine” Deckers le 17 octobre 1933 à Laeken, quartier paisible de Bruxelles, elle fut éduquée dans une école catholique de la capitale belge, où elle eut à l’âge de 15 ans la prémonition qu’elle deviendrait nonne. Girl scout enthousiaste, douée pour la guitare et le chant, elle obtint un diplôme de professeur de sculpture.

Elle exerça ce métier jusqu’à ses 26 ans, où elle abandonna le professorat pour entrer au Couvent des Dominicaines de Fichermont près de Waterloo où elle prit comme nom religieux « Soeur Luc Gabriel ».

Une musicienne de talent

Chez les Dominicaines, les talents d’auteur et chanteuse de Soeur Luc Gabriel furent découverts et mis en avant. Elle écrivait des chansons et les chantait en s’accompagnant à la guitare, pour ses consoeurs et les visiteurs du couvent. Ses supérieures religieuses lui suggérèrent d’enregistrer un album, que les visiteurs pourraient acheter. Elle accepta et enregistra un disque contenant une dizaine de ses chansons au studio Philips de Bruxelles en 1961.

Gloire et fortune

L’album fut un succès incroyable. Il se vendit à presque deux millions d’exemplaire en 1962. Un des titres – « Dominique (nique nique) » – devint un tube international. Soeur Luc Gabriel était demandée dans le monde entier. Elle changea une nouvelle fois de nom, choisissant Soeur Sourire comme nom de scène. Elle se produisit en concert et le 5 janvier 1964, elle fut même invitée dans le « Ed Sullivan Show » (populaire émission de divertissement de la télévision américaine).

La chanson « Dominique »

Dire que « Dominique » fut un tube est un euphémisme. Son succès fut immense. Il se classa No. 1 aux USA la semaine de Noël 1963 et y resta pour une durée impressionnante de 4 semaines. De plus, pour la première fois de l’histoire des charts américains, un artiste était à la fois No. 1 des singles et No. 1 des albums, avec plus d’un million d’exemplaires vendus dans les deux catégories. Le titre « Dominique » fit gagner à la nonne chantante un Grammy Award de la meilleure chanson religieuse ou gospel (en tant qu’auteur-compositeur).

« Dominique » fut un succès dans le monde entier, se classant No. 1 au Canada, en Nouvelle Zélande et en Australie et dans le Top 10 en Norvège, Irlande, Danemark, Hollande, Allemagne et Grande Bretagne, en 1963-64.

En 1966, Hollywood s’empara de l’incroyable histoire de la nonne Chantante pour en faire un « biopic » avec Debbie Reynolds dans le rôle de Soeur Luc Gabriel chantant « Dominique » en anglais

Conflit au couvent

Soeur Luc Gabriel avait un pied dans le monde profondément religieux d’un couvent dominicain belge, et l’autre dans celui hautement profane de l’industrie de la musique populaire. Une contradiction qui ne fut pas longtemps viable. Ses supérieures dominicaines estimaient qu’elle était une « mauvaise influence » et l’empêchaient d’être au contact proche des autres nonnes, et Soeur Sourire quitta le couvent en 1966.

Frustrée par la sévérité et le manque de réforme dans l’église Catholique, elle sortit en 1967 une chanson pro contraception intitulée « “Glory be to God for the Golden Pill » (« Gloire à Dieu pour le pilule dorée »), sans anticiper l’influence de cette puissante Eglise qui fit annuler un des concerts de sa tournée et certaines salles de spectacle refusèrent de l’accueillir.

Chantant désormais sous son vrai nom, Jeannine Deckers sortit un album intitulé “I Am Not a Star in Heaven” qui fit un flop ainsi que le single “Sister Smile Is Dead”. Elle devint alors professeur pour jeunes handicapés à Wavre (Belgique) et ouvrit ensuite sa propre école pour enfants autistes. Malheureusement elle fit une dépression nerveuse qui nécessita deux ans de psychothérapie.

Problèmes financiers

La plus grande partie (95 %) des recettes engendrées par les chansons de Jeannine Deckers allèrent dans les poches de la maison de disques Philips et celles de son producteur. Le reste était distribué à une organisation religieuse financée par la Nonne Chantante, organisation qui empocha (au moins) 100 000 $ en royalties. Le revenu que toucha au final Jeannine Deckers fut donc infime. Pourtant, en 1970, le fisc belge lui réclama 63 000 $ en impôts sur le revenu pour les années précédentes (selon lui) impayés.

En conséquence, Jeanine se retrouva en grande difficulté financière dans la décennie suivante et le reste de sa vie (…) en 1982, elle fut contrainte de fermer son école pour enfants autistes, également pour raisons financières.

Homosexualité

Pendant une très grande partie de sa vie, Jeannine eut pour meilleure amie Annie Pécher, qu’elle avait connu adolescente. Après la sortie de Jeannine de chez les soeurs dominicaines et jusqu’à leur décès, les deux femmes partagèrent un appartement et Annie fut étroitement impliquée dans tous les contrats commerciaux que signa Jeannine, en plus d’être son amie très intime.

En 1968, Jeannine déclara qu’elle et Annie ne formaient pas un couple de lesbiennes. Mais une biographie écrite en 2009 sous-entend le contraire, et les historiens classe la Nonne chantante dans les artistes LGBT (…) fait corroboré par les photos où on voit les deux femmes ensemble.

Une fin tragique

Le 29 mars 1985, Jeannine Deckers et sa chère Annie Pécher avalèrent toutes deux en surdose des somnifères et alcool. Elle laissèrent une lettre disant, « Nous allons ensemble à la rencontre de Dieu notre Père. Lui seul peut nous sauver du désastre financier » et précisant qu’elle n’avaient pas perdu la foi et souhaitaient être enterrées ensemble selon les rites funéraires de l’Eglise Catholique.

Le 4 avril 1985, Jeannine Deckers et Annie Pécher furent inhumées ensemble dans le cimetère Cheremont de Wavre. Sur leurs tombes, on peut lire “J’ai vu voler son âme/ A travers les nuages” (“I saw her soul fly through the clouds”), un vers d’une des chansons de Soeur Sourire.

discoveringbelgium.com – résumé et traduit par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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6 commentaires pour Joyeux… Soeur Sourire

  1. antiblues06 dit :

    C’est une incroyable histoire passionnante et triste !
    Sa Dominique « nique nique » fut brocardée par des bourrins bas du front…
    La religion dans son angélisme, ne prépare pas à être confronté aux avances du showbiz … Dure moralité !

  2. Woow, je ne savais pas du tout que Soeur Sourire était née à Laeken ! Voilà qui ne me réconcilie définitivement pas avec la religion, en tout cas

  3. Photonanie dit :

    Je savais qu’elle était enterrée à Wavre suite à une conférence récente de Thierry Luthers sur les personnalités et leurs places dans les cimetières.

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