Joyeux… Charles Griffes

Charles Griffes, brillant musicien et compositeur de musique classique du XXè siècle, est le héros du 388è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêcha pas la réussite.

Charles Griffes, génie de la musique classique parti trop tôt

Introduction

Il est de notoriété publique que le musicien originaire de la ville d’Elmira (dans l’état de New York) était attiré par les hommes en uniforme, et qu’il le fut dès le plus jeune âge, car il l’a écrit dans ses journaux intimes impeccablement tenus. Les études qu’il poursuivit hors des états-Unis lui firent découvrir le mouvement homophile européen émergeant, composé de grands artistes homosexuels (ou bisexuels) comme Edward Carpenter, Magnus Hirschfeld, Oscar Wilde et André Gide, ce qui le fit se sentir moins honteux quant à son orientation sexuelle.

Pourtant, lorsqu’il retourna en Amérique en 1907 (à l’âge de 23 ans) pour prendre un poste de professeur à Hackley, un lycée pour garçons de la ville de Tarrytown (état de New York), il devint plus prudent et vécut le reste de sa courte vie dans le placard. Le jeune homme avait été obligé de quitter l’Europe suite au décès de son père, pour servir de soutien financier à sa mère devenue veuve et à d’autres membres de sa famille.

Biographie sommaire

Compositeur et pianiste de talent, Charles Tomlinson Griffes (1884-1920) – prononcez gri-fesse – fut l’un des premiers compositeurs américains à adopter dans son oeuvre les influences avant-gardiste popularisés par des musiciens européens comme Claude Debussy. Les critiques lui collèrent l’étiquette de « impressionniste américain » ne sachant comment le catégoriser autrement.

Griffes a composé de la musique classique qui est à la fois agréable à écouter et sophistiquée, et qui fut appréciée des critiques et de grands compositeurs comme Stokowski, Busoni, Pierre Monteux et Prokofiev.

Les oeuvres symphoniques de Charles Griffes furent jouées par les prestigieux orchestres New York Philharmonic et Boston Symphony.

Alors que Charles était adolescent, son prof de musique décela son potentiel et mit la main à la poche pour l’envoyer à Berlin (Allemagne) pour qu’il y perfectionne sa technique de pianiste concertiste et y étudie la composition. En Europe, Charles Griffes connut plusieurs liaisons homosexuelles, notamment avec Emil Joel, un étudiant plus âgé … Sur quatre ans, Emil Joel guida le développement artistique de Charles Griffes, lui offrit des tickets de concerts, et le présenta à des musiciens de renom comme Richard Strauss, Enrico Caruso, Ferrucio Busoni, et Engelbert Humperdinck, avec lequel Charles Griffes étudia. Emil Joel lui apporta aussi un soutien financier, ce qui lui permit de rester en Europe une année de plus.

Grand musicien dans le placard

Malgré sa confiance en soi renforcée grâce à ses pairs à l’intérieur des cercles gay, Charles Griffes ne divulgua jamais son orientation sexuelle à ses amis ou associés hétéros. Il y avait trop en jeu pour lui qui devait travailler pour gagner sa vie, surtout que dans le métier qu’il exerça jusqu’à sa mort précoce, il était au contact de garçons dans un lycée…

… Le jeune professeur se retrouva effectivement dans une situation difficile lorsqu’il tomba amoureux d’un de ses élèves ; aucun homme de son époque et dans sa position ne pouvait être ouvertement gay sans être confronté à la disgrâce publique. Pourtant, il fut toujours frustré que les hommes gay ne puissent pas se rencontrer ouvertement en public.

Heureusement, Charles Griffes pouvait parfois s’extirper de Tarrytown et de son lycée pour expérimenter la vie gay de New York City. Il est notoire qu’il y fréquentait les saunas « Lafayette Place » et « Produce Exchange » pour des raisons évidentes. Il connut même une liaison homosexuelle avec John Meyer, un policier de New York marié.

Importance et postérité de l’oeuvre de Griffes

Griffes a composé des cycles de chanson, des morceaux pour piano et pour orchestre, ainsi que de la musique de chambre, dont beaucoup fut écrite pour accompagner des pièces de théâtre.

Qu’il ait eu le temps de composer toutes ces oeuvres, tout en exerçant son métier de prof de lycée à plein temps, fait partie de son talent extraordinaire. Il a à la fois composé, joué, arrangé, revu et orchestré toutes ses oeuvres, a été son propre agent, et résolu les problèmes rencontrés avec son éditeur (G. Schirmer), sans aucune aide extérieure. Pas assez fortuné pour payer des secrétaires, il devait préparer et corriger lui-même ses propres, et énormes, partitions pour orchestres, en faisant face aux demandes qui arrivaient de plus en plus nombreuses avec sa réputation et son succès grandissants.

Ses compositions les plus célèbres resteront « The Pleasure Dome of Kubla Khan » (1917), « The White Peacock » (1915), « Poem for Flute and Orchestra » (1918), et « Two Sketches Based on Indian Themes » (1916-1920). Il a aussi composé une audacieuse, passionnée et difficile « Sonata for Piano » (1918).

Dernières années de Charles Griffes

Tragiquement, Griffes attrapa la grippe influenza en 1919 alors qu’il était au sommet de sa gloire. Peu après une représentation de sa musique au Carnegie Hall (New York), il s’effondra début décembre 1919 dans le lycée Hackley où il enseignait et fut hospitalisé d’urgence. Il décéda le 20 avril 1920, âgé de seulement 35 ans.

Ses funérailles eurent lieu à New York. Le musicologiste B. Collins a relaté une troublante anecdote sur la cérémonie funèbre qui eut lieu en l’église du Messie à l’angle de Park Avenue et de la 34è Rue : le son d’un concerto de Bach se fit entendre, venant de la rue, où un festival de musique avait lieu dans la caserne du 71è Régiment d’Armée ; debout sur les parapets du bâtiment militaire, un choeur de trombonistes était en train de jouer, par pure coïncidence, comme un requiem pour Charles Griffes … la vue et le son de cette prestation aurait rempli Griffes de plaisir, car tous les musiciens portaient l’uniforme !!! (…) et, autre joyeuse anecdote : aujourd’hui l’église du Messie a été remplacée par un bâtiment qui accueille les répétitions du « New York City Gay Men’s Chorus ».

Les chefs d’oeuvre perdus de Charles Griffes

Griffes tenait des agendas en allemand où il consignait ses aventures dans les saunas gay et autres lieux gay-friendly. Malheureusement, plusieurs de ses agendas ont été détruits par sa soeur après sa mort afin d’empêcher que ne soit connue par trop de monde la vie de plaisir gay qu’avait menée Charles Griffes à New York, son attirance pour les hommes en uniforme et sa longue liaison avec un policier marié.

A l’époque de sa mort, Griffes était en train de composer une oeuvre basée sur la poésie de Walt Whitman.

Gay influence – traduit par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
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3 commentaires pour Joyeux… Charles Griffes

  1. C’est « gai »! :d

  2. Antiblues06 dit :

    Inconnu au bataillon,
    Je l’écoute sur Spotify pour me faire une idée.
     » 3 tone-Picture » et autres … ça me semble très romantique …

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