Joyeux… Judith Anderson

La formidable actrice australienne Judith Anderson (connue des cinéphiles pour son rôle de la diabolique Mrs Danvers dans « Rebecca »), est l’héroïne du 390è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêcha pas la réussite.

Judith Anderson, actrice prodige et méchante la plus sinistre de l’histoire du cinéma

Judith Anderson, née Frances Margaret Anderson, est une grande actrice australienne de théâtre et de cinéma née le 10 février 1897 à Adélaïde (Australie), qui fut anoblie par la Reine Élisabeth II en 1960, et mourut d’une pneumonie le 3 janvier 1992 à Santa Barbara, Californie, à l’âge de 95 ans.

Introduction

Judith Anderson était la femme que le public adorait détester sur grand écran. Elle restera dans l’histoire du cinéma pour son incarnation de l’ignoble Mrs Danvers dans « Rebecca » (1940) qui lui valut une nomination aux Oscars, ou encore la terrifiante « Lady Scarface » l’année suivante.

Admirée pour toutes ses qualités autres que physiques, elle a joué des personnages antipathiques ou mal aimés dans des classiques du cinéma comme « Laura », « Dix petits indiens », « The Furies », « Salomé », « La maison rouge », « La chatte sur un toit brûlant » ou encore « Macbeth », Lady Macbeth étant possiblement sa meilleure prestation sur grand écran.

On se souviendra aussi d’elle dans « The Strange Love of Martha Ivers » où elle jouait aux côtés de deux autres actrices non-hétérosexuelles, Barbara Stanwyck et Lizabeth Scott.

Sa carrière s’étendit sur 75 ans où elle passa beaucoup de plus de temps sur les planches que sur les plateaux de cinéma. Elle commença à jouer la comédie dès ses 17 ans en 1914, gagnant en maturité, talent et puissance d’attraction du public, jusqu’à vers la pièce à succès « Mourning Becomes Electra, en 1932.

Sujet britannnique originaire d’Australie, elle s’installa à Hollywood en 1918 à l’âge de 21 ans pour tenter sa chance au cinéma. Mais à cause de son visage masculin peu avenant et sa personnalité glaciale, elle fut longtemps boudée par des cinéastes comme Cecil B. DeMille et ne mit les pieds devant une caméra qu’à 30 ans passés (…)

Judith Anderson finit par jouer pour DeMille, dans « Les Dix Commandements » (1956), apparaissant entre 1933 et 1985 dans plus de 40 films prestigieux (cinéma et télévision).

Elle vécut bien au-delà de ses 90 ans et même dans ses dernières années de carrière, elle participa à des projets importants, au cinéma dans « Star Trek III » (1984) ou à la TV dans le soap opera culte « Santa Barbara » où elle joua le rôle de Minx de 1984 à 1987, avec un salaire de 5000 $ par semaine.

Homosexualité

Dame Judith Anderson était dans le placard et n’en est jamais sortie, mais elle a été interviewée en 1990 par Boze Hadleigh, journaliste spécialiste du cinéma classique, interview parue ensuite dans le livre « Hollywood Lesbians » dont la lecture nous fait comprendre qu’elle n’était clairement pas hétérosexuelle …

(…)

Boze Hadleigh : Vous avez travaillé avec Hitchcock qui était apparemment hétérosexuel et pourtant il y a beaucoup plus de sous-entendus gay dans son oeuvre que dans celle de cinéastes gay comme Arzner ou Cukor.

Judith Anderson : Vous voulez dire que les Arzner ou Cukor s’auto-réprimaient ?

Boze Hadleigh : Oui car comme ils étaient dans le placard, ils ne voulaient pas que ça attire les soupçons sur eux. La plupart des films classiques à thématique gay ont été réalisés par des hommes non-gay – et presque tous les films lesbiens aussi. Mais c’était osé à cette époque, les sous-entendus gay. Comme ceux de « Rebecca » …

Judith Anderson : Je me demandais si on allait en parler. Je sais que c’est à la mode aujourd’hui de dire que Mrs Danvers était une méchante lesbienne. Méchante, elle l’est sans aucun doute. Mais qui donc la traite de lesbienne dans le film ? Dites-le moi.

Boze Hadleigh : Personne ne la traite de lesbienne ; ce mot était interdit au cinéma à l’époque. Mais la clé de sa probable homosexualité se trouve à l’intérieur du personnage lui-même, et de sa créatrice, Daphné Du Maurier, qui était bisexuelle ou lesbienne.

Judith Anderson : J’ai entendu parler de quelque chose comme ça. J’ai lu et entendu dire que le personnage de Laurence Olivier était secrètement gay. Je m’en fiche et ne vais pas contredire cette théorie. Je m’en moque bien ! J’ai toujours supposé qu’Olivier était gay. Encore un autre faux-cul celui-ci… Dans le film, il est clair qu’il n’aimait pas Rebecca car elle était belle et sensuelle.

Boze Hadleigh : Mais Mrs Danvers elle aimait Rebecca. Elle est fanatiquement loyale à cette femme morte qui la surnommait Danny. Elle est toujours enchantée par elle. Et c’est Daphné du Maurier qui l’a écrite.

Judith Anderson : Je sais qu’un nombre croissant de films de Hitchcock sont passés à la loupe car il y a plusieurs personnages gay dans son oeuvre. Je crois qu’il luttait contre des démons intérieurs lui aussi. Mais à mon avis, il n’était pas intéressé par les personnages lesbiens, et pour moi Mrs Danvers était ignoble mais asexuelle. Une vraie sadique. Elle ne pouvait pas supporter cette petite hypocrite de Joan Fontaine, et je ne la blâme pas. Assez parlé de « Rebecca ».

Boze Hadleigh : OK. Vos personnages au théâtre ont souvent été aussi cruels que Mrs Danvers. On peut dire que vous avez souvent joué des vieilles filles sans coeur.

Judith Anderson : Et on aurait tort ! Certains de mes personnages étaient asexuels comme Mrs Danvers [elle me regarde avec un air de défi]. Mais beaucoup étaient mariées. J’ai joué plein de femmes horribles de « Lady Scarface » (un démon meurtrier) à « Médée » (une femme sadique), sur scène, mais tout le monde oublie que j’ai été Big Mama dans « La Chatte sur un toit brûlant » (1958). Cette pauvre femme était mariée depuis des années à Big Daddy et c’était lui le salaud de la famille. Moi j’étais juste une épouse dévouée toujours à pleurnicher avec un mari qui ne pouvait pas me sentir [elle rit]. Tennesse Williams m’a révélé que lui et ses amis étaient convaincus que j’ai été obligée de pousser mon talent très loin pour jouer une femme hétérosexuelle !

Boze Hadleigh : … Et … avaient-ils raison ?

Judith Anderson : [elle se redresse fièrement] Je suis une actrice. L’une des plus grandes de ma génération.

Boze Hadleigh : Il est vrai que c’est l’un de vos rares rôles sympathiques.

Judith Anderson : Jouer ce genre de rôles ne me dérange pas si c’est dans un film bon ou à succès.

Boze Hadleigh : Quel est votre statut marital dans la vraie vie ?

Judith Anderson : Hah ! J’ai eu deux maris, mais qu’est-ce que ça prouve ?

Boze Hadleigh : Que vous ayez plongé deux fois ?

Judith Anderson : Plonger dans un lac gelé, c’est désagréable aussi, mais ça dure moins longtemps. Vous voyez, je vous révèle franchement qu’aucune de ces expériences ne fut un heureux séjour de vacances (…)

Boze Hadleigh : En faisant des recherches sur vous, j’ai trouvé un numéro du magazine « People » de 1984 où vous décrivez vos mariages comme « désastreux » (…) horribles et infâmes ; ils ont été très courts, mais ça m’a paru une éternité. »

Judith Anderson : La faute ne m’en revient pas. Je ne me suis pas mariée avec moi-même.

Boze Hadleigh : Une question se pose, si le premier fut si terrible, pourquoi avoir essayé une seconde fois ?

Judith Anderson : … [pas de réponse.]

Boze Hadleigh : Le deuxième était avec un producteur de théâtre, c’était comme un partenariat d’affaire ? Ou un mariage arrangé ?

Judith Anderson : Nul ne m’oblige à me justifier.

(…)

Boze Hadleigh : Vous semblez insensible à l’opinion publique. Est-ce que c’est le cas ?

Judith Anderson : Maintenant oui ! Mais pas aux directeurs de casting. Je veux garder la main. Jouer quand je veux si j’en ai envie.

(…)

Boze Hadleigh : Dame Judith, ça vous dérangerait que les gens vous pensent lesbienne ?

Judith Anderson : Beaucoup de gens le pensent déjà … [elle me dévisage avec insolence]

Boze Hadleigh : Puis-je vous demander quelle est votre orientation romantique ?

Judith Anderson : Je ne suis pas romantique ! c’est cela mon orientation !

Boze Hadleigh : êtes-vous en faveur de droits pour les lesbiennes et les gay (identiques aux droits pour hétéros) ?

Judith Anderson : Je suis pour les droits de chacun, surtout les miens. Je ne me classe à l’intérieur d’aucun groupe.

Boze Hadleigh : Donc, quand des gens pensent que vous êtes lesbienne, cela vous dérange ?

Judith Anderson : ça ne me dérange pas, c’est eux qui me dérangent.

Boze Hadleigh : Si vous étiez gay, vous le révèleriez ?

Judith Anderson : [elle ne répond pas ; elle me regarde fixement en serrant les deux poings]

Boze Hadleigh : [j’ai compris que l’interview est terminée alors je lui demande : ] Si vous révéliez votre homosexualité maintenant, à 90 ans passés, en quoi cela pourrait-il vous nuire ?

Judith Anderson : En rien ! Mais je ne le ferais jamais dussè-je vivre un million d’années. Je ne dois rien à personne. Je ne rejoindrai jamais aucun groupe. Jamais. Eux ils ne m’ont jamais rien donné, et je n’ai pas besoin d’eux. Je vis ma propre vie, bonne chance à eux, mais laissez-moi tranquille !

Hollywood Lesbians – résumé et traduit par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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4 commentaires pour Joyeux… Judith Anderson

  1. larrymuffin dit :

    Alors tu es en chômage pas de gâteau le dimanche. Bon courage!

  2. charlus80 dit :

    sacré caractère que cette Judith Anderson…

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