Joyeux… Little Richard

Le légendaire chanteur américain Little Richard (« Tutti Frutti ») est le héros du 398è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homo- ou bisexualité n’empêcha pas la réussite.

Little Richard, géant du rock

Adieu au chanteur américain Little Richard, pionnier du rock’n’roll

Créateur des célébrissimes « Tutti Frutti », « Whole Lotta Shakin’Goin’On » ou « Good Golly Miss Molly », ce spectaculaire homme de scène est mort le 9 mai, à l’âge de 87 ans.

Par Sylvain Siclier – Le Monde – le 09 mai 2020 à 16h37

« Je suis l’architecte du rock’n’roll, son initiateur, celui qui le personnifie. » Cette phrase, Little Richard l’a souvent prononcée. Avec des variantes, mais toujours pour affirmer son importance dans les premiers temps du rock’n’roll (années 1950). Au même titre que Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Fats Domino, Bo Diddley, Carl Perkins et Elvis Presley, il est en effet l’un des pères fondateurs de la musique rock.

Homme de spectacle, tout en extravagance et débordement d’énergie, le chanteur et pianiste Little Richard est mort, samedi 9 mai (2020), à l’âge de 87 ans, a annoncé son fils, Danny Jones Penniman, au magazine « Rolling Stone ». La cause de son décès est encore inconnue. Il avait connu un premier succès avec la chanson « Tutti Frutti », publiée fin 1955.

Né le 5 décembre 1932 à Macon, dans l’Etat de Géorgie, Richard Penniman est l’un des douze enfants (sept garçons et cinq filles) d’une famille où le quotidien est régi par de stricts préceptes moraux. Ce qui n’empêche pas son père, maçon, de vendre de l’alcool de contrebande et de s’occuper d’un night-club de la ville.

Petit, de constitution fragile, avec une voix aiguë qu’il garde après la puberté, le jeune Richard Penniman reçoit vite le surnom de « Little Richard » lorsqu’il commence à chanter au sein d’une formation familiale de gospel dans les églises.

Timbre de voix aigu et homosexualité

A l’âge de 13 ans, il est chassé de chez lui et recueilli par des voisins. Il expliquera plus tard que c’était en raison de ses manières efféminées et d’une attirance naissante pour les garçons. Little Richard se dira, selon les époques, homosexuel, hétérosexuel ou bisexuel.

Il travaille un temps avec un prétendu médecin ambulant, chargé d’attirer les gogos en chantant, participe à plusieurs formations de rythm ’n’ blues. En 1950, il rencontre le chanteur Billy Wright, dit le « Prince du blues » dont la coupe de cheveux bouffante, la fine moustache, les longues vestes et pantalons larges brillants inspireront sa propre apparence.

Le parrainage de Billy Wright lui permet de signer un contrat avec la compagnie RCA Records. Seule la chanson « Every Hour », en 1951, aura un petit écho. Un blues basique auquel Little Richard donne un peu d’originalité par son déploiement vocal, timbre un rien féminin, un rien criard.

Il apprend des rudiments de piano, instrument qu’il aborde avec une attaque rythmique très marquée venue du boogie-woogie. Sa signature au même titre que sa voix.

(…) Ne pouvant vivre de sa musique, Little Richard continue en trouvant un emploi de plongeur et, le week-end, chante dans divers groupes. C’est avec The Upsetters, en 1952, que sa réputation de sensation scénique gagne de l’ampleur. Il joue debout devant son piano, se démène, transforme le chant en hurlement. Devenu célèbre, il ne sera pas rare qu’il grimpe sur son piano, finisse ses concerts torse nu.

Le « Tutti Frutti » n’est pas un dessert glacé

La compagnie phonographique « Specialty Records », à Los Angeles, s’intéresse à lui. Une séance d’enregistrement est organisée à la mi-septembre 1955 à La Nouvelle-Orléans, avec les musiciens du pianiste et chanteur Fats Domino. C’est lors d’une pause que Little Richard aurait proposé « Tutti Frutti », une de ses compositions, qu’il avait l’habitude d’interpréter depuis des années. La chanson débute par une suite d’onomatopées, « A wop/Bop a loo bop/A lop/Bam boom ».

Rien à voir, dans la version originale, avec le dessert glacé. Ce tutti frutti-là est un terme d’argot qui désigne un homosexuel, la chanson est explicite : « Tutti Frutti, good booty/If it don’t fit, don’t force it », en français : « Tutti Frutti, chouette popotin/Si ça n’entre pas, ne force pas ».

Pour l’enregistrement, le « good booty » devient « aw rooty », déformation argotique de « all right », le narrateur évoque désormais deux filles, Sue et Daisy, qui certes savent s’y prendre (avec les garçons), mais dans un texte tout en sous-entendus ; on doit cette transformation « hétéro » à la parolière Dorothy LaBostrie (..)

Trois années de succès

Quoi qu’il en soit, le 45-tours est publié en novembre 1955 et « Tutti Frutti » grimpe à la deuxième place des classements « rhythm and blues » aux Etats-Unis. Suivront, en près de trois ans, pour Little Richard, ses principaux succès et l’essentiel de son répertoire. En mars 1956, c’est « Long Tall Sally », numéro 1 « rhythm & blues » comme « Rip It Up » (juin 1956) et « Lucille » (février 1957), par ailleurs numéro 6 du « Top 100 », sa meilleure entrée dans ce classement général.

Autres classiques, « Ready Teddy », « She’s Got It » et « The Girl Can’t Help It », qu’il interprète dans la comédie musicale du même nom réalisée en 1956 par Frank Tashlin (avec Jayne Mansfield) – dans laquelle chantent aussi Eddie Cochran, Fats Domino et Gene Vincent … A peu près toujours sur le même modèle, avec le piano qui emporte la mélodie, un court solo de saxophone précédé d’un cri de Richard.

Changement de voie

En octobre 1957, après une tournée australienne avec Gene Vincent, Eddie Cochran et Alice Lesley, il a des visions nocturnes et décide d’abandonner “la musique du diable”. Little Richard tourne ainsi le dos au monde du rock pour se consacrer à des études de théologie.

Marié en 1959 et devenu pasteur, il se tourne exclusivement vers le gospel, avant de revenir à ses premières amours rock’n’roll avec le bien nommé « Little Richard Is Back », (album sorti) en 1964. Suivront alors une série d’enregistrements et de tournées, dont la dernière en Europe date de 2005.

Bête de scène indépassable, Little Richard incarne à jamais un braillard illuminé, l’incarnation même du rock’n’roll.

Le Monde + Les inrocks – 9 mai 2020

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8 commentaires pour Joyeux… Little Richard

  1. Illuminé je ne pense pas….spirituel certainement 🙂

  2. marie dit :

    Bonjour Juju, très bel hommage, un très beau billet, j’aime beaucoup bisous MTH

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