Joyeux… George Takei

Le formidable acteur américain George Takei, notamment connu pour avoir interprété Hikaru Sulu dans la série TV culte « Star Trek », est le héros du 406è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’a pas empêché la réussite…

George Takei, acteur culte et militant gay

George Hosato Takei est un acteur, écrivain et activiste américain d’origine japonaise né le 20 avril 1937 à Los Angeles. Il restera dans l’histoire de la télévision et du cinéma pour avoir interprété Hikaru Sulu, timonier du vaisseau « USS Enterprise » dans la série originale « Star Trek » (1966- 1969), un rôle qu’il reprit sur grand écran dans 6 longs-métrages entre 1979 et 1991.

Aujourd’hui âgé de 83 ans, George Takei est toujours une vedette très populaire aux états-Unis. Sa page Facebook a plus de 10 millions d’abonnés [juillet 2019] ; il est également connu comme militant des droits LGBT et partisan de Bernie Sanders [candidat à candidature l’élection présidentielle].

Il a gagné plusieurs prix et reconnaissances pour son action en faveur des droits humains et des relation états-Unis – Japon, récompensant notamment son action en faveur du Musée National Japonais-Américain.

Sa participation au spectacle musical « Allegiance » qui se joua à Broadway fin 2015 – début 2016, ainsi que son internement par le gouvernement des états-Unis alors qu’il était enfant dans des camps pendant la 2nde Guerre Mondiale, en font une voix importante contre l’administration Trump et sa politique d’immigration.

Voici un article détaillé du « Washington Post » sur la vie, l’oeuvre et l’homosexualité de George Takei.

L’extraordinaire périple de George Takei

Par Karen Heller – The Washington Post – 16 juillet 2019

L’icône culturelle George Takei en mission pour que l’Amérique n’oublie jamais une partie infâme de son Histoire.

L’acteur culte, aujourd’hui âgé de 82 ans, fut, entre les âges de 5 ans et 9 ans, enfermé dans deux camps d’internement pour les Japonais Américains pendant le 2nde Guerre Mondiale. Il déclare que cette expérience lui a donné son identité.

NEW YORK, été 2019 — Enfant, il croyait que le camp était une oasis magique, avec des dinosaures extraordinaires rodant la nuit dans les bois alentours. Petit citadin né à Los Angeles, il était émerveillé par l’exotisme des libellules, par les miracles de la vie au grand air de la campagne et, lors de son premier hiver en camp, par la « magie pure » de la neige.

Entre 5 et 9 ans, il fut emprisonné par le gouvernement des états-Unis dans des camps d’internement réservé aux américains d’origine japonaise. Optimiste éternel, il a toujours pensé que ce fait historique ignoble, avoir incarcéré environ 120 000 japonais-américains pendant la Guerre, ne serait jamais, ni oublié, ni reproduit.

Mais à aujourd’hui âgé de 82 ans, Takei comprend qu’il se trompe peut-être sur les deux tableaux.

Cette partie de l’histoire des états-Unis est en effet tombée dans l’oubli ; elle ne figure généralement pas dans les livres d’histoire, notamment à cause de la honte ressentie par les anciens internés dont beaucoup sont restés silencieux sur leur expérience dans ces camps, n’en parlant même pas à leurs descendants.

Mais George Takei n’est pas du genre à se réfugier dans le silence.

L’acteur de « Star Trek » a vécu assez longtemps pour avoir vu les milliers d’enfants migrants emprisonnés près de la frontière avec le Mexique à travers les années. A ses 2.9 millions d’abonnés Twitter, Takei a écrit, « Cette nation a un historique long et tragique de séparer des enfants de leurs parents, qui remonte au temps de l’esclavage. »

Assis dans son pied-à-terre new-yorkais situé près du Carnegie Hall dans le quartier de Manhattan, Takei, qui est aussi militant pour les droits des homosexuels et la justice sociale, déclare que les actions de notre gouvernement sont « un cycle sans fin d’inhumanité, de cruauté et d’injustice, répété génération après génération (…) qui doit s’arrêter. »

Pourtant, le petit George Takei fut chanceux. Lui et ses frère et soeur cadets ne furent jamais séparés de leurs parents, même s’ils firent l’expérience de la terreur et de la honte dans les marécages de l’Arkansas et le haut désert de Californie du Nord.

Les parents Takei protégèrent leurs enfants, créant pour eux un environnement souvent merveilleux, en mode « La vie est belle ». Le père de Takei lui raconta qu’ils allaient passer de « longues vacances à la campagne. » Lors de leur déportation, le premier arrêt fut, incroyablement, l’hippodrome de Santa Anita, où la famille fut contrainte de dormir dans des écuries. Le petit Takei pensa, « Cool ! On dort là où dorment les chevaux ! »

Il ne réalisait pas bien que sa famille avait été contrainte d’abandonner sa maison et tous leur biens au gouvernement qui remettait en question leur patriotisme [alors que les états-Unis venaient d’entrer en guerre contre le Japon], et le drame de leur retour sans rien à Los Angeles, où ses parents durent repartir littéralement de zéro. Il ne comprit leur terrible épreuve qu’à l’adolescence.

En cet été 2019, George Takei accélère sa mission. Près de 75 ans après sa libération, il ressent le passage du temps : « Je dois absolument raconter cette histoire, avant qu’il ne reste plus personne pour la raconter. »

Il la raconte sous forme de bande dessinée, dans une autobiographie récemment publiée, « They Called Us Enemy », dont il voudrait qu’elle atteigne toutes les générations (…) Il y a quatre ans (2015), il avait joué dans une comédie musicale intitulée « Allegiance » inspirée de sa véritable histoire personnelle dans les camps.

« Cette expérience dans les camps m’a donné mon identité » dit-il, installé dans l’appartement qu’il partage avec son mari Brad Altman. L’appartement est décoré avec des estampes japonaises et quelques objets rappelant « Star Trek » notamment un téléphone « Starship Enterprise » et une figurine de Hikaru Sulu dans un arbre bonsai.

C’est peut-être son expérience dans les camps qui l’a inconsciemment poussé vers le métier d’acteur (…) et à jouer Hikaru Sulu, le timonier de « Star Trek », série culte qui allait engendrer d’innombrables films et séries TV.

A son tour, ce succès lui servit de tremplin pour son activisme social. Takei est devenu « une méga-puissance » (selon ses propres mots ») sur les médias sociaux, avec 10 millions d’abonnés sur chacune de ses deux pages Facebook (…) Cette audience qui l’adore et ne cesse de croitre, pourrait garantir que son expérience dans les camps s’imprime vraiment dans la mémoire des américains comme partie intégrante de l’Histoire du pays.

Une histoire américaine

George Takei dit souvent que sa vie est une « histoire américaine » … mais c’est aussi une histoire singulière et improbable.

Qui d’autre peut-il s’enorgueillir d’un succès continu sur 5 décennies, grâce à la curieuse alchimie entre « Star Trek », un coming-out à l’âge de 68 ans, et des apparitions régulières dans l’émission radio « The Howard Stern Show” ?

Après une enfance et une adolescence chaotiques (…) Takei s’inscrivit comme étudiant en architecture à l’Université de Berkeley (Californie), mais changea pour l’UCLA où il prit des cours de comédie à une époque où il n’y avait presque aucun rôle pour les américains d’origine asiatique, à part doubler des films de monstres comme « Rodan », ou jouer des caricatures grossières dans des comédies mettant en vedettes Jerry Lewis comme “The Big Mouth” (1967) et “Which Way to the Front?” (1970).

Takei accepta ces jobs, à son grand regret (…)

Fort heureusement, il décrocha aussi un rôle important dans « Star Trek » (1966-1969), vision utopique de divers pionniers de l’espace aux origines très différentes, mais travaillant ensemble en harmonie, imaginée par Gene Roddenberry, et où, deux décennies après la fin de la 2nde Guerre Mondiale, un asiatique était (enfin) montré dans un rôle positif.

Jay Kuo, qui a coécrit la comédie musicale « Allegiance », a grandi dans une famille où beaucoup de programmes télé lui étaient interdits. Mais pas « Star Trek ». Les parents chinois-américains de Kuo savaient que « nous avions besoin de nous voir représentés. Nous étions alors invisibles. George était le seul sex symbol asiatique. Sa scène torse nu fut révolutionnaire », commente-t-il sur la scène où Sulu se prend pour un héros de cape et d’épée après avoir été infecté par un virus

(…) La série originale « Star Trek » compta 79 épisodes sur trois saisons. Le dernier épisode fut diffusé il y a pile 50 ans [1969]. Takei se sentait béni des dieux pour avoir été engagé pour le rôle du maître timonier et lorsque la série s’arrêta, il fut très abattu … sans raison, car pas moins de six films pour le grand écran, avec le casting original, allaient bientôt en être tirés, ainsi qu’une série animée.

(…)

Par la suite, sa vie professionnelle continua à prospérer, portée par une vague de nostalgie et l’énorme public des fans de « Star Trek ».

Homosexualité

La vie personnelle de George Takei, homme très franc et très engagé politiquement, fut plus compliquée. Ses amis et associés savaient depuis longtemps qu’il était gay. Il rencontra Brad Altman, qui était alors journaliste, dans les années 80, dans un club de course à pied gay, ils commencèrent à sortir ensemble en 1984 et se mirent très vite en couple.

Quand il était plus jeune, Takei pensait qu’un coming-out pourrait tuer sa carrière d’acteur. Il repoussa donc, et repoussa encore, et encore, une éternité, presque quatre décennies.

« Le gouvernement m’a emprisonné à cause de ma race. Je me suis emprisonné moi-même à cause de ma sexualité pendant des années. C’est incroyable le nombre de barrières qu’on peut se construire autour du coeur. »

En 2005, après que le gouverneur Arnold Schwarzenegger se soit opposé au passage d’une loi légalisant le mariage homosexuel en Californie, Takei finit enfin par avouer être gay, dans une interview accordée au magazine gay de Los Angeles, « Frontiers », révélant vivre avec un autre homme (Brad Altman) depuis 21 ans.

Dans l’interview, il expliquait que le changement de climat social autour de l’homosexualité l’incitait à révéler être gay : « Le monde a changé depuis mon adolescence, pendant laquelle j’avais honte d’être homosexuel. »

« Le mariage gay est maintenant un problème politique. Cela aurait été impensable dans ma jeunesse. » (les deux hommes ont finalement pu se marier, en septembre 2008, en Californie).

Après son coming out, Takei bougea rapidement, du fond du placard, vers le devant de la parade des fiertés.

« Je pensais que ma carrière d’acteur était terminée » avoue-t-il.

Mais … ce ne fut pas le cas.

« L’inverse se produisit, en fait on me demanda davantage ! » continue-t-il, presque en chantant. « Le public adore le George Takei gay! »

Par la suite, Takei fut engagé autant pour sa personnalité pleine d’humour que pour son talent de comédien. Il travailla constamment : des apparitions dans les sitcoms “The Big Bang Theory” et “Will and Grace » et dans des bandes dessinées Archie Comics (où il est le héros du personnage gay Kevin Keller) ; et il est un participant régulier surprenant du show radio d’Howard Stern.

Takei révèle : « Aller chez Howard Stern fut stratégique. J’avais atteint des personnes à l’esprit ouvert, des gens bien, le public LGBT. Howard avait un autre public, énorme, à travers tous les états-Unis. »

Dans l’émission de Howard Stern, Takei surprit les téléspectateurs en changeant radicalement son image élégante – d’un homme distingué qui ne jure ou n’élève la voix que rarement – devenant aussi vulgaire que l’équipe habituelle de Stern.

L’acteur de « Star Trek » y révéla davantage de sa vie sexuelle que quiconque aurait pu imaginer, mentionnant constamment son mari. La vie autrefois cachée de Takei fut radio-diffusée par le Maître de tous les media, depuis New York vers les ondes de toute l’Amérique du Nord.

Un témoin du changement

La première fois que j’ai rencontré George et Brad lors d’une soirée à L.A. l’an dernier [2018], ils se chamaillaient.

Aujourd’hui, je suis avec eux dans leur appartement de Manhattan, et ils se chamaillent encore, sur des détails infimes. Brad s’inquiète de presque tout, George ne s’inquiète de rien, et c’est rafraichissant de voir une icône culte et son époux être eux-mêmes devant une journaliste.

Cette franchise de George Takei contribue probablement à l’amour continu des fans de « Star Trek » pour Sulu, grâce à ses multiples rediffusions, encore aujourd’hui cinq décennies après l’arrêt de la série, et cela explique aussi pourquoi il est fait pour le show d’Howard Stern.

On le ressent authentique avec lui-même, un homme qui sait profiter des coups du sort de la vie, qu’ils soient heureux ou non. Pourquoi n’est-il pas en colère contre le pays qui l’a enfermé avec sa famille, et les a dépouillé de tous leurs biens ?

« Car ce serait me mettre une autre barrière autour du coeur » répond-t-il.

La loi des Libertés Civiles de 1988 s’excusa formellement auprès des américains japonais internés pendant la 2nde Guerre Mondiale. Takei a reçu alors en dédommagement un chèque de 20 000 $ qu’il reversa au Musée National Américano-Japonais de Los Angeles, musée dont il a contribué à la fondation.

Takei a aussi été témoin de changements historiques, souvent positifs : « Quand j’étais petit, je n’aurais pas pu épouser une femme blanche, à cause des loi anti-métissage » se souvient-il. « Et maintenant, je suis marié à un gars blanc ! »

La star était récemment au concert et à la cérémonie commémorant les émeutes de Stonewall (à New York), des évènements aussi vitaux pour son identité que jouer la comédie.

« J’ai été actif dans presque toutes les causes de politique sociale, et pour soutenir des candidats politiques. Mais, à cause de mon ambition en tant qu’acteur, j’étais resté muet sur le sujet qui m’était le plus personnel, l’essence fondamentale de l’être que je suis. »

Le temps a été généreux avec George Takei. Il commença sa vie interné dans des camps, avoua être homosexuel à la soixantaine et maintenant à 82 ans, il s’épanouit dans un domaine (le militantisme gay) qui aurait pu tuer sa carrière dans l’oeuf.

Mais le temps peut aussi effacer la mémoire. Et Takei veut s’assurer que ce qui arriva à sa famille ne soit jamais oublié par nous, ses compatriotes.

« Le jour le plus terrible fut le premier jour », se souvient-il. « Des soldats ont marché dans l’allée menant à notre maison avec des baïonnettes aux fusils, ont martelé sur notre porte et nous ont emporté avec ma famille Dieu sait où et pour combien de temps. Ce fut une matinée horrible. »

Des baïonnettes menaçant un enfant de 5 ans… C’est, comme le dit Takei, une histoire américaine – une histoire effrayante et ignoble. Dont nous devons nous souvenir et dont nous devons apprendre.

Washington Post + wikipedia – résumé et traduit de l’anglais par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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