Joyeux… Hubert Lyautey

Hubert Lyautey, un des plus grands généraux de l’Histoire de France, est le héros du 425è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêcha pas la réussite…

Hubert Lyautey, le héros colonial

Hubert Lyautey, né le 17 novembre 1854 à Nancy et mort le 27 juillet 1934 à Thorey (en Lorraine), est un militaire français, officier pendant les guerres coloniales, premier résident général du protectorat français au Maroc à partir de 1912, ministre de la Guerre lors de la Première Guerre mondiale, et promu maréchal de France en 1921. Il fut aussi membre de l’Académie française, et président d’honneur des trois fédérations des Scouts de France.

Sa devise, tirée de William Shakespeare, est restée célèbre : « La joie de l’âme est dans l’action ».

Voici quelques uns des points les plus intéressants de sa vie :

Jeunesse

Louis Hubert Gonzalve Lyautey est issu par son père d’une famille d’officiers très aisés qui s’était illustrée lors des campagnes du Premier Empire. Par sa mère, il descend des Grimoult de Villemotte, famille de la noblesse normande venue s’enraciner à Crévic en Lorraine. Il a hérité d’eux une grande maison de maître connue sous le nom de château de Crévic.

Brillant élève, remarqué en particulier pour son talent d’écriture, il choisit, tradition familiale oblige, la carrière militaire, réussissant le concours d’entrée à Saint-Cyr en 1873. Bien que ses résultats y soient excellents, le jeune Lyautey ne s’y plaît pas et nourrit sa réflexion d’une profonde recherche spirituelle.

C’est un beau, racé et cultivé sous-lieutenant qui en sort à l’âge de 21 ans (1875), déchiré entre sa foi religieuse et ses goûts homosexuels.

L’Algérie

Deux ans plus tard, il devient lieutenant et, à l’occasion d’un congé, il part deux mois en Algérie avec ses camarades de promotion Prosper Keller et Louis Silhol. Cette première découverte de l’Algérie le passionne. A Constantine, il découvre les plaisirs du hammam : « Ces beaux gaillards nus qui vous déshabillent, c’est l’extase ! » (…)

Mais il doit faire des efforts pour se persuader que ses penchants sont compatibles avec sa foi chrétienne : « Cet amour, c’est un élan chrétien, une grâce surnaturelle ! »

Son Journal de 1886 rapporte encore des attirances homosexuelles : « Un jeune sous-lieutenant qui me plaît si fort est venu de dix heures à deux heures du matin me réchauffer de sa sève chaude et riche ! » (…)

Lyautey a alors 32 ans et vient d’être promu capitaine de cavalerie lorsque sa famille commence à s’inquiéter de son célibat. Son père lui propose un mariage arrangé qu’il refuse, culpabilisant : « Je navre ma famille en n’assurant pas la transmission ! »

A Noël 1887, affecté à Saint-Germain-en-Laye, Hubert peut renouer avec la vie mondaine. Il se lie avec des écrivains et des artistes en vogue et sympathise avec la jeune Louise Baignère, qui lui déclare sa flamme ; Hubert Lyautey répond négativement et confirme dix ans plus tard dans une lettre : « Je ferais un mauvais mari, je vous aurais préparé d’amers regrets et de cruelles déceptions. »

Madagascar

La rupture entre Louise et Lyautey est finalisée la même année (1897) par son affectation au Tonkin comme officier d’état-major du général Gallieni, que Lyautey rejoint plus tard à Madagascar, dont il réussit la pacification au prix d’une sévère répression.

A Madagascar, il affirme sa doctrine qu’il développera au Maroc : une fois le pays pacifié, le soldat doit devenir administrateur, constructeur d’écoles, agriculteur. L’action militaire doit devenir fondatrice. L’ex officier royaliste qu’est Lyautey se plaît dans ce rôle de vice-roi d’un régime républicain.

Le Maroc et … l’Académie Française

En 1906, Lyautey est promu général et une crise entre les puissances coloniales européennes en Afrique du Nord va l’amener à de nouvelles responsabilités ; car, après avoir signé un accord avec l’Allemagne, la France a désormais les mains libres au Maroc, et en profite pour y nommer Lyautey haut-commissaire, en mai 1908. Malgré sa réussite, il rédige le 17 mars 1909 une lettre d’adieu où il annonce son suicide (conservée dans les Archives nationales).

On ignore si Lyautey a tenté de mettre fin à ses jours, mais on suppose que cette crise psychologique a pour origine la culpabilité qu’il ressent quant à l’incompatibilité entre sa foi chrétienne et ses amours masculines (…) Pour se « normaliser » à ses propres yeux et à ceux de l’opinion publique, il épouse en octobre 1909 Inès-Marie de Bourgoing, une dame de 47 ans, veuve d’un capitaine Fourtoul, avec laquelle il n’aura aucune relation sexuelle et n’appellera jamais autrement que « la veuve Fourtoul » … C’est une femme de caractère, maîtresse de maison, veillant sur les relations mondaines de son époux, et qui contribua à son entrée à l’Académie Française, en 1912 (…)

La même année, lorsqu’une grave insurrection éclate au Maroc, Lyautey y est nommé résident général. Il réussit à rendre au sultan son autorité politique et religieuse, et le Maroc passe sous protectorat français. Mais ce protectorat est une fiction, le vrai souverain du pays est Lyautey : en quelques années, il établit au Maroc une administration française efficace ; aussi habile diplomate qu’officier, respectant les religions et les cultures du pays, il est reconnu par les marocains eux-mêmes comme l’architecte du Maroc moderne.

Première Guerre Mondiale

Après deux années de guerre mondiale, Lyautey est rappelé en France, où il est nommé Ministre de la Guerre (…) Sa réorganisation de l’armée et son unification du commandement militaire préparent efficacement la voie au gouvernement Clemenceau qui obtiendra la victoire de la France sur l’Allemagne (en 1918).

Lyautey ne se fait pas prier pour reprendre ses fonctions de résident général au Maroc, reprenant son oeuvre là où il l’avait laissée. Promu Maréchal de France en 1921, il consacre ses dernières années de service à la conquête des montagnes de l’Atlas où il réussit à vaincre la rébellion en 1925.

Pourtant, lorsque les premières revendications d’autonomie apparaissent en 1934, Lyautey se montre visionnaire : « Il est à prévoir, je le crois comme une vérité historique, que l’Afrique du Nord, évoluée, devenue civilisée, se détachera de la métropole », une déclaration qui n’est pas un aveu d’échec, mais une prédiction sage et méthodique de l’avenir.

Vie privée et homosexualité

Georges Clemenceau aurait dit de Lyautey : « Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul … même quand ce n’étaient pas les siennes. »

En 1907, ayant dépassé la cinquantaine, le général Lyautey fait la connaissance d’Inès de Bourgoing qu’il épouse deux ans plus tard, le 14 octobre 1909, à Paris. Celle qu’on appellera « la maréchale Lyautey », issue d’une vieille famille du Nivernais, avait épousé en premières noces à 18 ans le capitaine d’artillerie Joseph Fortoul, mais celui-ci avait mis fin à ses jours en 1900. Faisant preuve d’un grand dévouement, elle œuvra de concert pour la réussite de son mari, qui disait d’elle qu’elle était « son meilleur collaborateur ».

Si l’homosexualité de Lyautey semble avérée, certains auteurs parlent plutôt d’une « sensualité homophile » et dans les années suivant son décès, nombre de ses biographes esquivent cet aspect de sa personnalité, afin de ne pas entacher sa réputation. Ce n’est qu’à partir des années 1970 qu’il est fait mention d’une inclination homosexuelle qui se retrouve dans les écrits de l’officier, et dans différents ouvrages français sur l’homosexualité.

Ses opposants politiques ne manquaient pas de faire allusion à la féminité du général et tout le monde savait son homosexualité. Lyautey avait même une manie de « pédé » : il mettait au féminin les noms des personnalités qui lui déplaisaient ; ainsi pour lui, Pétain était « la vilaine ».

L’historien militaire Douglas Porch souligne le paradoxe des fréquentations de ce conservateur, proche de cercles artistiques dont les vues politiques étaient éloignées des siennes.

Décès et postérité

Le maréchal Lyautey finit ses jours dans son manoir de Thorey. Sa dernière activité sociale est la présidence des Scouts de France (…)
Il s’éteint le 27 juillet 1934. Le Président de la République (Albert Lebrun) ordonne de grandioses funérailles nationales, puis Lyautey est inhumé à Rabat (Maroc) comme l’exigeait son testament. Son corps sera rapatrié à l’hôtel des Invalides le 10 mai 1961 sur ordre du général de Gaulle.

wikipedia + Homos historiques de Michel Larivière – résumé par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
Cet article, publié dans Carnet royal, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Joyeux… Hubert Lyautey

  1. clodoweg dit :

    Bravo ! il ne manque rien même pas la citation de Clemenceau !!

  2. clodoweg dit :

    Ah si, un détail : Lyautey a été l’instigateur de la construction de la mosquée de Paris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s