Joyeux… Hattie McDaniel

La formidable actrice américaine Hattie McDaniel est l’héroïne du 427è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homo- ou bisexualité n’empêcha pas la réussite.

Hattie McDaniel, actrice / chanteuse et compositeur prodige

Hattie McDaniel est une actrice américaine, née le 10 juin 1895 à Wichita (Kansas) et morte le 26 octobre 1952 à Los Angeles. Elle fut la première actrice afro-américaine à gagner un Oscar, le 29 février 1940, lors de la 12e cérémonie des Oscars, en tant que meilleure actrice dans un second rôle pour son incarnation de Mamma (Mammy en V.O.), l’impertinente domestique de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent » (« Gone with the Wind »).

Sa prestation bouleversante conforta en les noir(e)s d’Hollywood l’espoir que l’industrie du spectacle était prête à créer des personnages de couleur aux personnalités complexes et bien écrites, loin des caricatures racistes de l’époque.

Hattie McDaniel était aussi chanteuse, auteur-compositeur et humoriste. Elle fut possiblement la première femme noire à chanter à la radio aux états-Unis, mais souffrit d’un terrible racisme tout au long de sa carrière.

Voici les points les plus intéressants de sa vie.

Origines et débuts professionnels

Hattie est la fille d’un père pasteur baptiste de Richmond (Virginie) et d’une mère originaire de Nashville (Tennessee). Dès 1909 (elle a alors 14 ans), elle quitte l’école pour chanter et danser au sein de la troupe de son frère Otis, « The Mighty Minstrels ». En 1911, Hattie a 16 ans lorsqu’elle épouse le pianiste Howard Hickman, et se lance avec sa soeur Etta dans la création de spectacles chantés entièrement féminins, avec la troupe des soeurs McDaniel (McDaniel Sisters Company). En 1916, son frère Otis, manager de la troupe, décède et la troupe commence à perdre de l’argent.

Ce n’est qu’en 1920, que Hattie McDaniel renoue avec le succès, lorsqu’elle rejoint la troupe de George Morrison, « Melody Hounds », et passe cinq ans en tournée des États-Unis. Elle a alors l’opportunité de chanter à la radio pour la première fois, avec les « Melody Hounds », ce qui lui permettra d’accéder à une première reconnaissance du grand public. En 1922, McDaniel perd successivement son mari puis son père.

À la suite du krach boursier de 1929, Mc Daniel est contrainte de prendre un travail de serveuse et plongeuse dans un night club de Milwaukee, avant d’obtenir de son patron la possibilité de se produire sur scène. En 1931, elle rejoint son frère Sam et ses sœurs Etta et Orlena, artistes également, à Los Angeles. Sam lui obtient une chronique à la radio, où elle interprète « Hi-Hat Hattie », une domestique autoritaire qui souvent « oublie qu’elle n’est que domestique ». Elle devient alors extrêmement populaire, bien que ne recevant qu’un salaire misérable ce qui l’oblige à continuer à travailler comme domestique.

En 1932, elle fait ses débuts au cinéma où on la cantonnera essentiellement à des rôles de domestiques. En 1936, la comédie musicale « Show Boat » lui vaut d’être une première fois remarquée, en tant qu’actrice et chanteuse.

Après ce film, on lui offre des rôles importants dans des films prestigieux comme « Saratoga » (1937), avec Jean Harlow et Clark Gable … « L’ange impur » (« The Shopworn Angel ») (1938), avec Margaret Sullavan … « Miss Manton est folle » (« The Mad Miss Manton ») (1938), avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda (…)

Sur le tournage de ces films, Hattie devient l’amie de beaucoup des stars hollywoodiennes les plus populaires de l’époque, notamment Tallulah Bankhead, Bette Davis, Shirley Temple, Henry Fonda, Ronald Reagan, Olivia de Havilland, et Clark Gable (…)

Au final, Hattie McDaniel va devenir célèbre dans le monde entier pour son interprétation d’une grosse domestique impertinente aux opinions bien arrêtées dans un monument du cinéma américain …

« Autant en emporte le vent »

La compétition pour obtenir le rôle de la grosse Mamma dans « Autant en emporte le vent » fut presque aussi féroce que celle pour décrocher le rôle de Scarlett O’Hara. Eleanor Roosevelt, la Première Dame des états-Unis, écrivit même au producteur David O. Selznick pour que le rôle soit attribué à sa propre domestique, Elizabeth McDuffie…

Hattie McDaniel pensait ne pas être retenue, car elle s’était fait connaitre en tant qu’actrice comique. Selon une rumeur, Clark Gable, qui aimait beaucoup McDaniel, la recommanda ; quoi qu’il en soit, l’actrice se rendit à son audition vêtue d’un authentique uniforme de domestique et c’est elle qui fut retenue.

Le Grand Theatre d’Atlanta (en Géorgie) fut choisi par le studio « Selznick international » comme lieu pour la première mondiale de « Autant en emporte le vent » le 15 décembre 1939. David O. Selznick, le producteur du film, demanda à ce que Hattie McDaniel soit autorisée à y assister, mais cela lui fut refusé par les autorités locales, à cause des lois ségrégationnistes en vigueur en Géorgie. Clark Gable menaça de boycotter la première si l’entrée était refusée à Hattie McDaniel, mais celle-ci le persuada d’y assister.

Presque toute le population d’Atlanta (une foule immense de 300 000 âmes) se massa le long de la route qui mena le convoi exceptionnel de limousines amenant les autres comédiens et producteurs du film de l’aéroport d’Atlanta à l’hôtel « Georgian Terrace » où ils dormirent après la projection du film.

Pour sa prestation de la domestique de maison n’hésitant pas à réprimander la propre fille de son maître – Scarlett O’Hara (Vivien Leigh) – et qui se moque de Rhett Butler (Clark Gable), McDaniel remporta l’Oscar du Meilleur second rôle féminin, devenant la première actrice noire de l’Histoire à être nominée puis à gagner un Oscar.

La journaliste mondaine Louella Parsons décrivit ainsi la cérémonie des Oscars du 29 février 1940 :

« Hattie McDaniel a bien mérité la statuette dorée pour son admirable prestation en « Mamma » de « Autant en emporte le vent ». Et si vous aviez vu son visage lorsqu’elle monta vers la scène où l’attendait le trophée, vous auriez été aussi bouleversés que nous dans le public (…) Hattie accepta le prix en faisant un des plus émouvants discours jamais prononcés sur le parterre des Oscars :

« Chère Académie des arts et sciences du cinéma, chers membres de l’industrie, et chers invités d’honneur : je suis en train de vivre un des moments les plus heureux de ma vie, et je tiens à remercier chacun d’entre vous ayant participé à ma sélection pour ce trophée, pour votre bonté. J’en ai été extrêmement touchée ; et je le conserverai comme guide pour tout ce que je pourrais être amenée à faire dans le futur. J’espère sincèrement que je serai toujours une figure positive pour ma race et pour l’industrie du cinéma. Mon coeur est trop plein pour vous décrire exactement ce que je ressens, je me permets de vous dire merci et que Dieu vous bénisse. »

(il faudra attendre 50 ans avant qu’une autre femme noire remporte un Oscar grâce à Whoopi Goldberg dans « Ghost » en 1990)

Après « … le vent »

Par la suite, Hattie McDaniel joua souvent des rôles de domestique, dans des films prestigieux comme « L’amour n’est pas un jeu » (1942) réalisé par John Huston avec Bette Davis, où elle joue une domestique dont le fils étudiant en droit est accusé d’un crime et qui lui valut un NBR Award (…) « Thank Your Lucky Stars » (1943) avec Humphrey Bogart et Bette Davis (…) « The Male Animal » (1942) (…) « Depuis ton départ » (1944), « Margie » (1946) (…) ou encore « Mélodie du Sud » (1946) pour Walt Disney (…) jusqu’à sa dernière apparition sur grand écran, « Family Honeymoon », en 1949.

Elle reprit alors une carrière à la radio dans la série comique « Beulah », puis joua dans l’adaptation télévisuelle de l’émission. Elle y prit la suite de l’actrice Ethel Waters, qui au terme de la première saison quitta le show en critiquant les stéréotypes racistes liés au rôle.

Au printemps 1952, on découvrit à Hattie un cancer du sein et, trop malade pour continuer à travailler, elle laissa la place à Louise Beavers.

Hattie McDaniel s’éteignit le 26 octobre 1952 à l’âge de 57 ans. Durant toute sa carrière, elle était appararue dans plus de 300 films, mais son nom n’apparut sur les génériques de seulement 83, et elle avait joué 74 rôles de domestique.

Hattie victime du racisme à Hollywood

Hattie fut récompensée par un Oscar pour « Autant en emporte le vent », sans avoir été autorisée à assister à la première du film, tout comme tous les acteurs noirs du film, également exclus de la promotion du film dans les États du Sud.

Même à Hollywood, il lui fallut une dérogation pour assister à la cérémonie des Oscars, qui se tint à l’hôtel « Les Ambassadeurs » réservé aux blancs, et elle fut contrainte d’emprunter l’entrée réservée au gens de couleur et de s’asseoir avec son imprésario William Meiklejohn (bien qu’il était blanc) sur un côté de la salle, à l’écart du reste de l’équipe du film.

La discrimination continua après la cérémonie, où les vedettes blanches de « Autant en emporte le vent » se rendirent dans une boîte de nuit dont l’entrée lui fut refusée car elle était noire.

L’Oscar a d’ailleurs été reçu de manière contrastée par la communauté africaine-américaine. Tout en saluant cette victoire, certains jugèrent que le film faisait l’apologie du système esclavagiste. Pour eux, obtenir cette récompense montrait alors que seuls ceux qui acceptaient les stéréotypes racistes d’Hollywood pouvaient y avoir du succès. McDaniel fut donc accusée de participer au maintien des stéréotypes racistes sur les noirs dans le cinéma hollywoodien car, contrairement à Mamma, Prissy, l’autre domestique noire du film est paresseuse, indolente et peu intelligente.

Même célèbre, McDaniel continua à subir la discrimination raciste. Lorsqu’elle s’installa à Hollywood au début des années 1940 dans le quartier de West Adams, alors majoritairement blanc mais attirant progressivement la bourgeoisie noire, au point d’être rebaptisé « Sugar Hill », l’actrice subit le racisme des résidents blancs du quartier.

Une association de quartier raciste, la « West Adams Height Improvement Association » porta plainte et l’affaire monta jusqu’à la Cour suprême de Californie. L’association avança qu’en vendant des maisons à des acheteurs noirs, les propriétaires (blancs) avaient violé la loi garantissant la ségrégation raciale dans le domaine de l’immobilier. Les propriétaires noirs de « Sugar Hill », dont Hattie McDaniel, furent soutenus par les avocats de la « National Association for the Advancement of Colored People » (NAACP).

La presse raciste ne manqua pas de réagir : en illustrant son article d’une photographie de la demeure possédée par McDaniel, le journal « Los Angeles Sentinel » s’insurgea sur sa première page « Les nègres de Californie peuvent désormais habiter partout ! ». En 1948, les défenseurs de Sugar Hill remportèrent néanmoins le procès.

Le racisme poursuivit Hattie jusque dans la tombe : lorsqu’elle décéda en 1952, la dernière volonté de Hattie McDaniel — être inhumée dans le « Hollywood Cemetery » — ne lui fut pas accordée car ce cimetière était alors réservé aux blancs.

Postérité

Hattie McDaniel possède deux étoiles sur le Hollywood Walk of Fame : une devant le 6933 Hollywood Boulevard pour ses contributions à la radio ; et une devant le 1719 Vine Street pour son travail dans le monde du cinéma.

Elle a été intronisée dans le Panthéon des plus grands artistes noirs du cinéma (« Black Filmmakers Hall of Fame »).

En 2006, elle fut la première noire gagnante d’un Oscar à figurer sur un timbre de la Poste des USA.

En 2020, l’actrice et chanteuse américaine Queen Latifah interpréta une version fictionnelle de Hattie McDaniel dans la mini-série « Hollywood », diffusée sur le service Netflix.

Vie privée

Si Hattie McDaniel fut mariée quatre fois, sa bisexualité est souvent évoquée par les rumeurs hollywoodiennes et est toujours supposée jusqu’à aujourd’hui. On lui attribue une liaison avec l’actrice Tallulah Bankhead, évoquée par Kenneth Anger dans « Hollywood Babylon » et dans la série « Hollywood » diffusée récemment (mai 2020) sur Netflix.

Pour le biographe de Hattie McDaniel, Carlton Jackson, il n’y a aucune preuve du lesbianisme de Hattie, hormis une déclaration ambiguë de Tallulah Bankhead (…). Bien que l’unique relation durable, engagée et intime que connut Hattie McDaniel fut avec une autre femme, et qu’il existe des preuves écrites de cette relation, il rejette l’idée qu’elle n’était pas hétérosexuelle.

wikipedia – résumé et traduit par roijoyeux

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5 commentaires pour Joyeux… Hattie McDaniel

  1. Cristina dit :

    Super article !.Je l’avais tellement adoré dans « Autant en emporte… »
    Mamzelle Scarlette ! 🙂

    C’est horrible ce racisme que tu décris, ça me fait penser au film Green book sur le jazz man Don Shirley… révoltant !

    Merci

  2. da-AL dit :

    fascinating! I’ve never watched Gone with the Wind because it seems like it would be totally bigoted in every way, so it’s always wonderful to see how some people can still be like flowers growing from ashes…

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