Joyeux… John Rechy

Le formidable romancier John Rechy, un des pionniers de la littérature LGBT, est le héros du 442è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêche pas la réussite.

John Rechy, légende de la littérature LGBT

John Francisco Rechy, né le 10 mars 1931, est un romancier, essayiste, dramaturge et critique littéraire américain. Comptant parmi les pionniers de la littérature LGBT, il a notamment écrit sur la culture homosexuelle à Los Angeles et plus largement sur l’Amérique.

« Cité de la nuit » (« City of Night »), son premier roman, publié en 1963, est une pierre angulaire de la littérature gay. Avec son livre « The Miraculous Day of Amalia Gomez », il est un des grands contributeurs de la littérature chicano.

A aujourd’hui 89 ans, John Rechy est le grand seigneur, ou peut-être le grand bandit, de la grande littérature de Los Angeles – auteur de 18 romans, dont beaucoup ont le délicieux goût de l’interdit.

Voici les détails les plus intéressants de sa vie :

Jeunesse

Né à El Paso (Texas) en 1931, il est le plus jeune d’une fratrie de cinq enfants, conçus par Guadalupe Flores et de Roberto Sixto Rechy. Ses parents sont originaires du Mexique et son père a des ancêtres écossais.

Il obtient un B. A. en anglais au Texas Western College (aujourd’hui Université du Texas à El Paso), où il est rédacteur au sein du journal universitaire.

Après l’obtention de son diplôme, il s’enrôle dans la 101è Division Aéroportée mais après quelques mois, s’aperçoit qu’il s’est trompé de voie et en démissionne pour partir à New York, où il s’inscrit à l’université Columbia, projetant d’intégrer un cours d’écriture créative où enseigne la romancière Pearl Buck, en soumettant un texte, « Pablo! » ; sa candidature n’est pas acceptée, mais il est admis dans le cours d’écriture d’Hiram Haydn, rédacteur en chef à la grande maison d’édition américaine « Random House ».

En parallèle à ses études, il découvre la ville de New York et son Times Square, et choisit de vivre une vie bohème de prostitué, expliquant à la revue « L.A. Review of Books » qu’il souhaire être connu comme « un écrivain au style de vie unique qui a transformé sa vie en littérature » … Son voeu sera bientôt exaucé, après son installation à Los Angeles.

Los Angeles

A la même période (où il approche la trentaine), il écrit le révolutionnaire « City of Night », roman à clé à peine voilé, publié en 1963, sur un prostitué masculin homosexuel à la dérive entre New York, la Nouvelle Orléans, San Francisco et Los Angeles.

Les critiques assassinent ce premier roman. Un article du New York Review of Books est carrément injurieux, décrivant l’oeuvre comme une « salade de fruit » [en argot anglais, un fruit est un homosexuel extrêmement flamboyant] et du « Sodome de bas étage ».

Malgré ces critiques, le roman grimpe vers une position incroyablement proche du sommet de la liste des bestsellers du New York Times et s’y installe plusieurs mois, devenant un succès inattendu auprès du public hétérosexuel.

Des romanciers gay légendaires comme James Baldwin, Gore Vidal et Frank O’Hara encensent John Rechy pour l’originalité crue de sa prose et sa description sans tabou de l’amour qui n’ose pas dire son nom.

Cette oeuvre est depuis devenue une référence de la littérature gay et de la culture populaire en général, inspirant des oeuvres allant de la chanson des Doors “L.A. Woman” (le refrain crié par Jim Morrison) au classique du cinéma « My Own Private Idaho » (Gus Van Zant).

City of Night »

Dans « City of Night », Rechy raconte l’histoire de ce qu’il appelait alors le « monde de l’Amérique exclue et solitaire ». C’est de plus un chronique à peine romancée de l’Histoire gay de L.A et un reportage vécu de l’intérieur, écrit dans un élégant style « flux de conscience », sur les bars et hôtels gay, les lieux de rencontre de tous types, une communauté qu’il nomme de manière inquiétante « le bas-fond homosexuel » et qui était omniprésente bien qu’on en discutait très peu et qu’on écrivait encore plus rarement dessus.

Professeur et … prostitué

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, John Rechy continue à travailler comme prostitué pendant plusieurs décennies après avoir atteint la célébrité littéraire… Selon de nombreux témoins, l’écrivain menait une double vie : professeur respecté en master d’écriture créative à l’Université UCLA le jour, et habitué musclé (souvent torse nu) des lieux de drague gay (comme le parc Griffith ou Hollywood Boulevard) la nuit.

John Rechy a expliqué qu’il faisait cela en partie par habitude, et en partie pour maintenir une connexion authentique avec les drag queens, prostitués et autres maquereaux qui peuplaient ses livres.

John Rechy se prostitue ainsi pendant de nombreuses années et est arrêté pour cela à plusieurs reprises par la police, jusqu’à sa rencontre au début des années 1990 avec Michael Ewing, son actuel compagnon. Ils vivent dans une villa à Los Angeles.

Carrière littéraire

En plus d’être l’auteur d’une vingtaine de livres, John Rechy a contribué à de nombreux essais et à des critiques littéraires dans diverses publications, dont « The Nation », « The New York Review of Books », « Los Angeles Times », « L. A. Weekly », « The Village Voice », « The New York Times », « Evergreen Examen » ou encore « Saturday Review ». Beaucoup de ces écrits ont été regroupés dans son livre paru en 2004 « Beneath the skin ».

Il a aussi écrit trois pièces de théâtre, « Tigers Wild » (d’abord intitulée « The Fourth Angel » et basé sur son roman éponyme), « Rushes » (basé sur le livre du même titre) et « Momma, as she became – not as she was », une pièce en un acte.

Récompenses

John Rechy est le premier romancier à recevoir le Lifetime Achievement Award du « PEN Center USA » en 1997.

Il a aussi remporté le prix Bill Whitehead, décerné par Publishing Triangle (1999). Membre de la NEA (National Endowment for the Arts – Fonds national pour les arts – l’agence culturelle fédérale des États-Unis), il est le premier récipiendaire du Culture Hero Award de ONE Magazine.

Lors de la 30e édition du prix « Lambda Literary » en 2018, il a gagné le prix du meilleur roman, catégorie « fiction gay », pour « After the Blue Hour ».

Postérité

Angeleno (habitant de Los Angeles) depuis les années 60, John Rechy fait partie du panthéon des romanciers de L.A. au même titre que (notamment) Fante, Bukowski, Babitz et Didion qui ont participé à former l’identité culturelle de la ville. Il est surnommé le Jean Genet de L.A.

Les écrivains Michael Cunningham, Kate Braverman, Sandra Tsing Loh, et Gina Nahai ont été ses étudiants avant de commencer leur carrière littéraire.

L’artiste anglais David Hockney s’est inspiré, pour sa peinture « Building, Pershing Square, Los Angeles », d’un passage de « City of Night ».

En 1983, la chanson « Numbers » du duo pop anglais « Soft Cell » s’inspire du roman éponyme de John Rechy publié en 1967.

En 2004, un CD-ROM sur la vie et l’œuvre de John Rechy a été publié par l’Annenberg Center of Communications ; il est intitulé « Mysteries and Desire: Searching the Worlds of John Rechy ».

En 2020, John Rechy est toujours célébré comme un grand écrivain dans le monde entier.

Los Angeles Magazine + wikipedia – résumé et traduit par roijoyeux

… Revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

A propos roijoyeux

... Soyons... Joyeux !!!
Cet article, publié dans Carnet royal, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s