Joyeux… George Cukor

Le grand cinéaste hollywoodien George Cukor est le héros du 457è épisode de ma série sur les personnes extraordinaires dont l’homosexualité n’empêcha pas la réussite.

George Cukor, merveilleux directeur d’actrices

George Dewey Cukor est un légendaire réalisateur américain d’ascendance hongroise, né le 7 juillet 1899 à New York et mort le 24 janvier 1983 à Los Angeles. Il est l’auteur de classiques comme « Une étoile est née » et « My Fair Lady », pour lequel il remporte l’Oscar du meilleur réalisateur en 1965. Maître de la comédie de mœurs et de la comédie romantique, il dirige Katharine Hepburn sur 10 films, parmi lesquels plusieurs sont considérés comme ses meilleures oeuvres.

Biographie express

George Cukor est né à Manhattan (New York) dans une famille d’immigrés juifs hongrois. Metteur en scène de théâtre à Broadway dans les années 1920, son travail est salué par la critique. Quand Hollywood commence à recruter les talents new-yorkais, il répond favorablement à l’appel de la Paramount, pour qui il effectue différents travaux non-crédités, avant de réaliser son premier film, « Grumpy », en collaboration avec Cyril Gardner, en 1930. Ses trois premiers films sont des co-réalisations. Il fait ses débuts « en solo » en 1931 avec le drame « Tarnished Lady » mettant en vedette Tallulah Bankhead.

Ses sept premiers films sont produits par la Paramount, où il coréalise notamment « Une heure près de toi » (1932) avec Ernst Lubitsch, film pour lequel il obtient le droit, contre le souhait de celui-ci, de figurer au générique (seulement comme assistant réalisateur). Après un bref passage par la RKO (où il travaille pour la première fois avec David O. Selznick), pour laquelle il réalise notamment « Haute Société », il arrive, en 1933, à la MGM pour diriger entre autres « Les Invités de huit heures ».

Dès 1936, il se voit confier l’adaptation par Selznick de « Autant en emporte le vent », sur laquelle il travaille durant deux ans, assurant la pré-production du film. A la période où il dirige les actrices auditionnant pour le rôle de Scarlett O’Hara, il assiste également sur d’autres projets, passant une semaine sur le plateau du « Magicien d’Oz » suite au départ du premier réalisateur, Richard Thorpe. Bien qu’il ne tourne aucune scène du « Magicien d’Oz », il détermine l’orientation artistique du film, qui sera préservée par Victor Fleming, choisi pour lui succéder, Cukor étant contraint de quitter le projet en raison de son engagement sur « Autant en emporte le vent ». Assez ironiquement, il est renvoyé du monumental projet après seulement quelques semaines de tournage et se voit remplacer par … Victor Fleming.

C’est néanmoins Cukor qui dirige plusieurs des meilleures scènes de « Autant en emporte le vent », dont celle du bazar d’Atlanta

Bientôt spécialisé dans les comédies, il devient un directeur d’acteurs, et surtout d’actrices, hors-pair; il sait obtenir le meilleur d’eux-mêmes, surtout d’elles. Ainsi, sous sa direction, vingt-et-un acteurs obtiennent des nominations aux Oscars. Parmi lesquels Greta Garbo dans « Le Roman de Marguerite Gautier » (1936), adaptation du roman d’Alexandre Dumas (fils) « La Dame aux camélias », Katharine Hepburn qu’il fait débuter en 1932 dans « Héritage » (« A Bill of Divorcement ») et qu’il retrouve avec bonheur sur neuf autres films, dont le classique de la comédie sophistiquée « Indiscrétions » (« The Philadelphia Story ») avec Cary Grant et James Stewart, et les comédies de couple avec Spencer Tracy, dont « Madame porte la culotte » (« Adam’s rib »).

Avec moins de réussite, il réunit Yves Montand et Marilyn Monroe dans Le Milliardaire (« Let’s Make Love »), deux ans avant d’entamer l’inachevé « Something’s Got to Give », dernière apparition de Marilyn.

Malgré son talent éclectique et les merveilleux et très nombreux films qu’il dirige sur une période de presque 50 ans, le seul Oscar qu’il remporte (en qualité de meilleur réalisateur) est pour « My Fair Lady » (1964), son quatrième film musical après « Une étoile est née » (« A Star Is Born ») dans sa version la plus connue (1954), « Les Girls » (1957), et « Le Milliardaire » (1960).

Le dernier film qu’il réalise est « Riches et célèbres » (1981) où il met en avant le talent des actrices Jacqueline Bisset et Candice Bergen.

Homosexualité

Cukor était surnommé « le directeur de femmes », selon certains un euphémisme pour « homosexuel ». Mais Cukor était réellement intéressé par les acteurs en général, quel que soit leur sexe, et sous sa direction, de nombreux comédien(ne)s remportèrent des Oscars, notamment Ingrid Bergman dans « Hantise », James Stewart dans « The Philadelphia Story », Ronald Colman dans « A Double Life », Judy Holliday dans « Born Yesterday », ou Rex Harrison dans « My Fair Lady ».

Cukor était efféminé et fut souvent victime d’homophobie dans le monde macho Hollywoodien, mais il adorait ce monde et y réussissait spectaculairement. Donc il ne sembla pas en être frustré, et il appréciait même les films de virils cinéastes comme John Ford. Dans ses propres films, il avait tendance à souvent montrer des personnages homosexuels stéréotypés, mais il est difficile de deviner si c’était par auto-dérision ou par haine de soi-même.

A ce titre, la raison pour laquelle Cukor fut renvoyé du tournage de l’épique « Autant en emporte le vent » (1939) est frappante. Il y avait probablement plusieurs raisons, parmi lesquelles son trop grand calme, ses hésitations, sa tendance à tourner trop de prises d’une même scène, mais la plus significative, et la plus blessante pour Cukor, était l’antipathie que ressentait à son égard Clark Gable, son acteur principal.

Toute le monde était abasourdi par l’attitude de Gable car, quoi qu’aient été ses défauts, l’acteur était d’un professionnalisme absolu. Quelqu’un lui demanda : « Mais … qu’est-ce qui ne va pas chez toi, aujourd’hui ? ». Et tout d’un coup, Gable explosa : « Je ne peux pas continuer ainsi ! Je refuse d’être dirigé par une tarlouze ! Je veux travailler avec un homme, un vrai !! »

L’homophobe Gable était le Roi d’Hollywood, mais il était surtout gêné que Cukor passe presque tout son temps à mettre en valeur Vivien Leigh et Olivia de Havilland dans le film, à son détriment – les deux actrices quant à elle ne furent pas satisfaites de Victor Fleming, l’efficace et macho remplaçant de Cukor, et continuèrent à voir en cachette Cukor après son renvoi pour qu’il les conseille sur leurs interprétations de Scarlett et Melanie …

Malgré le soutien de ces actrices, Cukor avait toutes les raisons de faire tout son possible pour que sa vie sexuelle reste secrète. Peu après, le studio MGM, alors patron du cinéaste, fit en sorte que soit abandonnée une charge pour outrage aux bonnes moeurs contre lui, lorsqu’il fut arrêté avec son ami décorateur d’intérieur (et ex acteur vedette) Bill Haines, dans un bar. Après cet incident, Cukor fit très attention à ne pas violer les clauses de moralité inscrites à son contrat (*).

Pourtant Hollywood était au courant de l’homosexualité de Cukor. Le grand producteur/cinéaste Joseph L. Mankiewicz déclara ainsi, à la fois évasivement et perspicacement :

« On peut dire que George Cukor fut le premier grand directeur d’actrices de l’histoire du cinéma américain… Si vous étiez une femme, vous pouviez vous rendre sur ses tournages sans aucune appréhension. Avec les autres metteurs en scène, elles se demandaient toujours, est-ce qu’il va me faire une proposition indécente ? »

xoxoe + wikipedia – résumé et traduit par roijoyeux

(*) Ci-dessous le témoignage de Scotty Bowers, magnifique jeune homme qui arriva à Los Angeles à l’âge de 23 ans en 1946, commençant à y travailler comme pompiste dans une station service, et qui devint rapidement le proxénète du tout Hollywood des années 40 et 50. Scotty Bowers se prostituait lui-même et eut pour client George Cukor.

Vie sexuelle de George Cukor

Extrait de Full Service… par Scotty Bowers :

… Un soir de 1947, alors que j’étais encore pompiste à la station-service [ayant déjà établi une réputation en tant que prostitué / proxénète], un homme que je n’avais jamais vu arriva dans une berline à 4 portes toute neuve. Il était légèrement enrobé et allait sur ses 50 ans, avec les cheveux bruns et des lunettes à fine monture métallique. Il tenait son volant comme une vieille dame nerveuse.

Lorsque je lui demandai ce qu’il désirait, ses yeux papillonnèrent sur moi de haut en bas, m’examinant de la tête aux pieds. Puis il me demanda de lui faire le plein. Nous nous mimes à parler du temps et de sa nouvelle voiture. Il me semblait passablement fatigué et ronchon alors je lui demandai s’il avait eu une dure journée, ou travaillé tard. Il m’avoua être exténué car il venait de quitter le tournage d’un film qu’il tournait à côté, sur un plateau de Universal. Il ajouta qu’il en était le metteur en scène.

Ensuite, il me dit que son nom était George Cukor, le film était « Double life » (1947). Cukor était une légende de l’industrie du cinéma, il avait dirigé Greta Garbo (…) et récemment Ingrid Bergman (…) J’ai rapidement sympathisé avec lui, car bien qu’un peu étrange et nerveux, il y avait quelque chose de fascinant chez lui. Il y avait beaucoup de choses en lui que j’aimais et le sentiment devait être réciproque car (…) il m’invita à sa maison de West Hollywood le dimanche suivant. Il me donna son adresse et s’en alla en me disant, « A dimanche, venez pour midi. »

(…)

Le dimanche suivant, je pris ma voiture pour me rendre chez Cukor, rue Cordell à West Hollywood. La propriété était constituée d’une magnifique orangeraie au milieu de laquelle trônait une majestueuse maison blanche entourée de hauts murs et d’une barrière. Il y avait aussi une grande piscine sur le côté de la maison, à l’abri des regards (…) Elle était très bien pensée et merveilleusement construite, dans la veine de la personnalité et des goûts de George.

Lorsque j’arrivai un peu avant midi, le déjeuner était déjà installé en bord de piscine et Cukor discutait avec un petit groupe de ses amis (…) Dès qu’il me vit, Cukor vint vers moi en me disant amicalement : « Salut petit chéri ! Si heureux que tu aies pu venir ! »

Puis il insista pour que je l’appelle par son prénom, me demanda mon nom, et m’exhiba à ses invités. Je ne me souviens pas de tous, juste qu’ils étaient célèbres et puissants dans l’industrie du cinéma (…)

Je ne la reconnus pas avant qu’il me la présente, mais parmi les invités, il y avait Katharine Hepburn, si féminine à l’écran. Mais présentement, elle arborait une coiffure sévère, cheveux courts et peigné sur le côté comme un petit garçon. De plus elle portait un pantalon. Elle semblait très masculine (…) La fête se termina vers 15h, elle fut la dernière à partir (…)

Après son départ, l’après-midi avançant, George Cukor suggéra qu’on se baigne dans la piscine. Après quoi, je le suivis au premier dans sa chambre. Il ferma la porte, nous nous mirent nus et après s’être séchés, nous allongèrent sur son lit.

Il s’avança vers moi et commença à me caresser les boules ce qui me mit en complète érection. Aussitôt il se mit à sucer mon pénis. Il était si bon pour faire ce qu’il faisait qu’en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’étais étourdi de plaisir et m’installa confortablement jusqu’à profiter d’un orgasme absolument exquis

Aussitôt fait, George quitta délicatement le lit pour la salle de bain où il prit une douche. En en sortant, il me demanda poliment de prendre une douche moi aussi et puis, aussi agréablement que possible, me fit comprendre qu’il était temps que je parte.

J’appris ensuite que c’était le mode opératoire systématique de George pour le sexe. Il n’y avait jamais de préliminaires ou d’embrassades, et encore moins de pénétration. La sodomie était hors de question. Pour le dire crument, comme mon ami Cole Porter, George voulait juste sucer des bites. Et il le faisait avec une efficacité froide et rapide.

Contrairement aux autres hommes, Cole Porter inclus, il ne laissait pas du temps à son partenaire pour profiter de l’après, ou pour une fellation réciproque. Il insistait aussi pour me donner quelques dollars quand je partais. Je compris plus tard que George payait toujours pour le sexe, quel que soit son partenaire.

Dans les mois et années qui suivirent, nous devînmes des amis extrêmement proches et nous avions ce genre de relations sexuelles très souvent. Je lui envoyais aussi d’autres jeunes gars. Il les payait toujours très bien, mais me demandait rarement de lui amener un même garçon plusieurs fois (…)

… histoire complète à lire dans le livre Full Service… de Scotty Bowers

… Et revenez pour de nouvelles enquêtes, prochainement sur roijoyeux !!! … Et vous pouvez lire l’histoire des autres héros joyeux ici

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